Une toute petite salle, une affiche pour le festival de jazz Émergences au mur, du matériel de professionnel et de grands sourires. C’est mercredi soir, à l’École de musique Jazz à Tours. Josselin est à la batterie, Édouard à la guitare et Lou au saxophone. Le goût pour le jazz n’attend pas le nombre des années : l’atelier Jazz’Ado, destiné aux 13-17 ans, compte dix élèves. En ce 7 janvier, malgré les intempéries, ils sont presque tous là.

Le bassiste donne le départ. Il s’appelle Jean-Marc Herbreteau et encadre l’atelier pour adolescents depuis quatre ans. Ici, pas de cours de conservatoire. Le professeur fait partie intégrante du groupe. Avec les jazzmen en herbe, il interprète un énergique Nostalgia in Times Square, de Charles Mingus. Ils suivent la partition, puis se lancent dans l’improvisation. Aristide, à la trompette, est très concentré, mais se laisse complètement aller à la musique. À 16 ans, il pratique le classique, participe à un autre atelier jazz et a pris des cours avec Ronald Baker, trompettiste originaire de Baltimore installé en Touraine. « Ce qui m’intéresse, c’est le jazz moderne. J’aimerais bien en faire mon métier. »

« J’essaie de désacraliser le jazz et l’improvisation »

D’autres ne viennent là que pour le loisir et prennent autant de plaisir. Édouard, 15 ans, à la guitare, a rejoint l’atelier en septembre. Il a déjà sept ans de violon derrière lui. « Le conservatoire, c’était strict. J’ai envie de faire de la musique pour m’amuser. Ici, on apprend à communiquer, on découvre "l’impro", ça me plaît. »

Mais « l’impro », ça ne s’improvise pas. Édouard s’interroge : « Pour le refrain, je ne sais pas trop quoi faire. » Quand le professeur lui conseille de prendre un ton rock, un peu à la Rolling Stones, il y voit beaucoup plus clair. L’objectif de Jean-Marc Herbreteau est de mettre ses élèves en confiance : « J’essaie de désacraliser le jazz et l’improvisation. Je suis là pour leur donner des outils, des bases solides, mais aussi pour leur apprendre à se faire plaisir, à utiliser leur sens esthétique et leur créativité. »

C’est dans le jeu en groupe que celle-ci s’exprime pleinement. Quand Nicolas entonne Hit the Road, Jack au piano, les autres instruments suivent, sans chercher à s’imposer. «Je suis surtout là pour partager la musique, confie-t-il. Jouer seul devant son piano, ça n’a pas grand intérêt, sauf si on s’appelle Keith Jarrett... et encore… »

 

 

Texte : Béatrice Catanese

Photos : Cécilie Cordier