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Paul Lefranc, ici avec Toy le chevreuil. Photo: Victor Tribot Laspière

« Sorcier », c’est ainsi que les chasseurs appellent Paul Lefranc. Il fait partie de ces personnalités au métier inclassable et méconnu : il est dresseur animalier pour le cinéma et les documentaires. Alors que certains domptent des bêtes exotiques tels les fauves ou les éléphants, il s’est, lui, spécialisé dans les animaux sauvages européens. C’est dans son ancienne exploitation de volailles à Beaumont-Village (Indre-et-Loire), qu’il imprègne (il préfère ce terme à dresse) ses protégés.

Son travail consiste à ce que les animaux reproduisent, devant les caméras et les hommes, des comportements naturels sans avoir peur. Pas question donc d’enseigner à un chevreuil à faire des galipettes. L’imprégnation d’un animal se passe toujours de la même façon : comprendre comment il fonctionne et en aucun cas tenter de le transformer ou de le contraindre. Le mettre en condition pour qu’il ait confiance en l’homme. Ainsi, quand il dresse des cygnes, il est présent dès l’éclosion des œufs. Il habitue les oisillons au son de sa voix en leur faisant la lecture, en nageant avec eux. Il se substitue à leur mère afin qu’ils soient en totale complicité avec lui.

Paul Lefranc se veut également un « défenseur des mal-aimés ». Afin de modifier des idées préconçues sur certains animaux dits « nuisibles », il lui arrive de suggérer des idées aux producteurs. Il a, par ce biais, donné naissance à deux documentaires l’un sur les cormorans, l’autre sur les renards

Dès l’adolescence, il se passionne pour la fauconnerie et pratique l’effarouchement, une technique consistant à effrayer les oiseaux nuisibles à l’aide de rapaces. Ce sont d’ailleurs ses faucons qui l’ont mené à ce métier. Il y a quinze ans, ils ont été  repérés par une agence publicitaire tourangelle, qui lui passa sa première commande. Depuis, il a collaboré à de nombreux films comme Les Animaux amoureux ou encore Le Peuple migrateur. Pour ce dernier long métrage, le réalisateur, Jacques Perrin, voulait tourner des images d’un pygargue (aigle pêcheur américain) attrapant un poisson tout en volant. Paul Lefranc a donc conditionné le rapace, répétant la scène chaque jour pendant trois mois : l’aigle, affublé d’un chaperon afin de masquer sa vue, décollait au moment où le dresseur le lui enlevait, aidé d’une légère impulsion du bras. Il se dirigeait alors directement vers sa proie, un poisson factice placé au préalable dans l’eau, juste devant l’objectif de la caméra.

Paul Lefranc se félicite : « Mes animaux sont des professionnels, ils savent exactement ce qu’ils doivent faire. » Un long travail pour une séquence qui ne dure que dix secondes. Quand on lui parle de patience, il rétorque : « Lorsqu’on est passionné par ce que l’on fait, le temps n’a plus d’importance. »

Dossier préparé par Véronique De Sa, Nicolas François, Jeanne La Prairie, Victor Tribot Laspière

Le site de Paul Lefranc