Un air de biniou de Bretagne, une entêtante odeur de fromage du pays Basque, des étals colorés rappelant l’Italie, des accents ensoleillés dans les allées… Le salon Euro Gusto, c’est tout cela à la fois. Une multitude de cultures rassemblées à Tours, du 27 au 30 novembre dernier. Producteurs de fourme dans le Puy-de-Dôme, fabricants de nougats dans le Vaucluse ou pêcheurs de harengs en Norvège,ils étaient tous invités pour exposer leur démarche de production Slow Food.

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Photo : Thomas Dusseau

Derrière ce nom très anglophone se dessine un mouvement né au cœur du Piémont, sur l’initiative de Carlo Petrini, critique gastronomique italien. Prônant le retour au plaisir, cette association se veut l’alternative à la culture du fast-food et du sacro saint plat surgelé. Manger slow food serait donc un choix de vie citoyen. Même si ce concept a été lancé il y a une vingtaine d’années, il reste pourtant peu connu en France. Toutefois, certains précurseurs ont adopté la slow attitude et l’ont transmis à leurs enfants. « Slow Food au quotidien, c’est possible ! assure Antoine, jeune producteur d’escargots bio dans la Drôme. C’est un choix de vie, je préfère avoir un budget plus élevé pour la nourriture. Par contre, je n’ai ni internet ni la télé. »

Par de petits actes au quotidien comme manger des produits de saison ou rencontrer des producteurs, chacun résisterait donc aux mastodontes de la restauration rapide et agirait contre l’uniformisation des goûts. Ainsi, prendre son temps de manger à table, aimer la bonne chère et privilégier les produits frais locaux deviennent les valeurs de l’adhérant modèle.

L’éloge de la lenteur

Dans notre société moderne où tout va trop vite, Slow Food fait l’éloge de la lenteur et prône le « bon, le propre et le juste ». Bon comme la qualité des produits, propre selon le respect écologique et juste pour la gratification du travail de l’homme. Cependant si l’idée semble intéressante, le résultat reste flou. « Je pensais que le Slow vantait avant tout la culture biologique. Mais c’est n’est pas le cas, explique Martine. J’ai été surprise en discutant avec les producteurs.» Sur le salon, le visiteur novice découvre aussi bien des produits bios que des traités, et tente de faire la différence entre les labels : appellations d’origine protégée, Sentinelles du goût,… De quoi y perdre sa Slow attitude. Et que dire des prix ? « J’ai trouvé une bouteille d’eau-de-vie d’Autriche à 80 euros, indique Martine. C’est vraiment excessif ! »

Ces détracteurs l’affirment : ce n’est qu’une mode « bobo ». Pour Michel Autran, viticulteur en Touraine, c’est au producteur de s’adapter au rythme de la nature : « Il faut du temps pour créer son propre vin, mais de là à dire que ma démarche est Slow… » Lors du salon, d’autres, pourtant convaincus par le concept italien, sont restés sur leur faim : « J’étais bénévole sur l’exposition, et pour une fête de la gastronomie, nous avons été peu garnis en nourriture. Juste de quoi grignoter, mais rien de bien consistant », s’amuse Anna. A bon entendeur !

Charlotte BAHUON, Thomas DUSSEAU, Clémentine HILLAIRET, Marion POUPART

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