Lorsque l’on demande à un Tourangeau d’évoquer sa ville, il mentionne immanquablement le Studio cinémas, le plus important complexe indépendant d’art et d’essai de France avec pas moins de sept salles.

Un cinéma atypique, qui séduit justement les spectateurs par les différences qu’il cultive. Première particularité : sa programmation. Son directeur, Philippe Lecocq, insiste sur son engagement militant en faveur d’un cinéma non standardisé. « Nous ne sommes pas les concurrents des salles des grands groupes. Nous sommes complémentaires. Tant que nous serons là, le spectateur aura le choix et c’est ce qui compte », explique-t-il.

Engagée, la salle l’est jusque dans sa cafétéria. Ici, ni pop-corn ni sodas, mais un restaurant devenu en 2006 un lieu de réinsertion. Il emploie en effet des personnes ayant séjourné en hôpital psychiatrique.

Bien d’autres éléments contribuent à faire du Studio un cinéma à part : l’escalier en colimaçon qui trône au milieu du hall, la bibliothèque, les rencontres avec les réalisateurs et, surtout, un système d’abonnements qui permet de fidéliser le public et de lui proposer des tarifs réduits.

Depuis sa création, en 1963, le public est au cœur de la réussite du lieu. Pas moins d’une quarantaine de bénévoles mettent la main à la pâte pour participer à la gestion et à l’animation du cinéma. Leur charge de travail varie de quelques heures à plus de dix heures par mois. Pour Claude du Peyrat, qui s’investit depuis 1987, cet engagement est une question de conviction et presque une posture sociale. L’objectif : défendre une culture non standardisée et un cinéma de qualité.

Bref, quelles qu’en soient les raisons, la recette fonctionne. Avec plus de 350 000 entrées vendues et 23 000 abonnés en 2009, la salle résiste vaillamment au CGR voisin (environ 400 000 entrées annuelles). Ces résultats devraient permettre au Studio, contrairement à d’autres cinémas d’art et d’essai, de franchir le cap du passage au numérique sans encombres.

 

Trois questions à Philippe Lecocq

Comment les Studio parviennent-ils à proposer des entrées à un prix aussi bas ?
Je ne dirais pas que nos tarifs sont bas, mais que ceux des autres sont beaucoup trop élevés. Même si cela nous est souvent reproché, nous tenons à les conserver. Nous sommes une association à but non lucratif. Cela ne signifie pas que nous ne faisons pas de bénéfices. Mais nous n’avons pas à verser de dividendes à des actionnaires. Nos bénéfices sont utilisés pour le fonctionnement du lieu. Cette indépendance financière constitue notre particularité.

En plus des vingt salariés que vous employez, le cinéma fonctionne grâce à une équipe de bénévoles. Qui sont-ils et pourquoi s’impliquent-ils autant ?
Il est très difficile de définir un profil type. En tout cas, ce ne sont pas forcément des cinéphiles avertis. Leur point commun est leur fibre militante. Ils souhaitent avant tout s’investir dans l’action culturelle et défendre une certaine idée du cinéma et de la culture en général. Il y a des retraités, mais aussi des personnes encore en activité. Certains sont enseignants, par exemple.

Vous parlez d’enseignants. Votre public est-il constitué principalement d’intellectuels ?
Nous pouvons renvoyer l’image d’un cinéma au public vieillissant. En fait, une étude a montré qu’un tiers de notre public est âgé de 8 à 25 ans. Les gens qui viennent ici ne sont  pas forcément des intellectuels. Il est vrai que certains de nos films sont moins abordables que d’autres, d’autant qu’ils sont tous projetés en version originale. Mais nous équilibrons notre programmation avec des œuvres plus ouvertes au grand public. Nous exigeons simplement que tout film soit de qualité. Environ 90 % des écrans passent seulement 10 % de la production mondiale. Nous, nous nous situons dans les 10 % de cinémas qui projettent des œuvres différentes. Et nous comptons bien y rester.

 

K. B., M. C. , M. L. , J. P.