Photo : Magali Lagrange


Ce soir-là, entre 18 et 19 heures, l’enseigne de la plupart des 2 100 cinémas de France s’est éteinte. Une opération symbolique, menée à l’initiative de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), pour interpeller le ministère de la Culture sur leurs difficultés financières.

Principale revendication des exploitants : augmenter leur part sur le prix du billet. Une fois les taxes déduites, les salles de cinéma n’en perçoivent que 50 %, une part égale à celle que se partagent distributeur et producteur(s) du film. Elles en réclament 55 %. La FNCF exige aussi du gouvernement la mise en place d’une exonération de la taxe professionnelle et un crédit d’impôts. S’ajoute à cela une protestation contre un article de la loi Hadopi qui prévoit la réduction (à quatre mois au lieu de six) du délai entre la sortie d’un film sur les écrans et son arrivée en DVD. Les petites salles diffusent généralement les films en décalage des sorties nationales, contrairement aux multiplexes. Un décalage qui risque de creuser les disparités entre les grands et les petits cinémas.

Aujourd’hui, la situation de ces derniers se précarise : la fréquentation des salles obscures a chuté, l’entretien coûte de plus en plus cher (le prix d’un fauteuil a par exemple augmenté de 87 % en dix ans). Les 5 % supplémentaires réclamés par la FNCF représenteraient pour eux une bouée de sauvetage et pourraient leur permettre de financer leur modernisation. En effet, le passage (obligé) à la technologie numérique prévu pour les prochaines années, leur sera très difficile, voire impossible sans cette manne. Sous le poids des obstacles et de cette concurrence qui ne cesse de croître, ils ont déjà été nombreux à fermer au cours de ces dix dernières années.

Les multiplexes, a contrario, se portent très bien. Leur fréquentation a progressé de 10 % par rapport à 2008. Et ils profitent de la moitié des près de 200 millions d’entrées vendues en 2009, selon des estimations du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Le CGR de Tours avait lui aussi éteint son enseigne le 4 novembre dernier. Avec 400 000 entrées par an en moyenne, et pas de concurrence en dehors du Studio Cinéma, il ne connaît pourtant pas de difficultés particulières. Mais l’ordre venait du siège, explique-t-on.

Malgré ces inégalités, le mouvement du 4 novembre réunissait donc petits et grands exploitants dans un même combat. Ce qui pose la question de la pertinence des revendications. Si les multiplexes s’enrichissent encore grâce à l’augmentation de leur part du prix du billet, comment les petites salles pourront-elles rattraper leur retard et améliorer leur situation ?

Kevin BERTRAND, Margaux CHEVALIER, Magali LAGRANGE, Julien PEPINOT


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