La consommation moyenne d’un foyer français de quatre personnes est estimée à 120 mètres cube (chiffre 2009) mais, pour un même quantité, la facture sera plus ou moins salée suivant la commune où il habite. Quand, à Tours où le tarif de l’eau est considéré comme l’un des moins chers de France, ces 120 mètres cube ne coûtent que 294 euros, à Saint-Étienne, ils reviennent à 485 euros. A qualité égale.

Pour comprendre, cette disparité, il faut déjà savoir ce qu’on paie : une facture intègre le prix du prélèvement, de la distribution, du traitement et de l’entretien. D’une commune à l’autre, l’effort pour la qualité n’est pas le même. Ainsi, en Bretagne, à cause de la pollution, davantage d’efforts sont nécessaires pour atteindre les normes en vigueur. Cette charge supplémentaire se répercute évidement sur le porte-monnaie du consommateur. A cela s’est ajouté, au début des années quatre-vingt-dix, le renforcement des exigences européennes de qualité. Ce qui a imposé une rénovation des unités de traitement et des réseaux de distribution. Ainsi, la ville de Tours a dû se doter d’une nouvelle station d’épuration. Pour un coût total de 62 millions d’euros hors taxes.

« L’eau ne doit financer que l’eau »

Depuis 1992, l’Etat délègue aux municipalités la responsabilité de la distribution de l’eau. La plupart d’entre elles ont transféré tout ou partie de leurs compétences à des entreprises privées en signant un contrat de délégation de service public au profit d’un opérateur privé. Ce dernier assure donc la gestion de ce qui relèverait normalement du service public (eau, transport...). Ainsi, si Tours Plus – la communauté d’agglomération de Tours – emploie une équipe d’égoutiers qui veille au bon fonctionnement des canalisations, prenant en charge la récolte des eaux usées comme leur traitement, ce sont des compagnies privées qui assurent majoritairement la distribution.

Et c’est peut-être là où le bas blesse vraiment. Si cette forme de privatisation s’explique pour des raisons économiques – ou politiques –, pour de nombreux observateurs et citoyens, elle irait à l’encontre des intérêts financiers des consommateurs. Par exemple, selon l’UFC-Que Choisir, le taux de marge de Veolia en Ile-de-France atteindrait les 58,7 %. Et une étude menée par l’Institut français de l’environnement démontre que le prix du mètre cube s’élève à 2,19 euros lorsque le consommateur est fourni par une régie publique, contre 2,93 euros par un opérateur privé, sans assainissement. Et dans les faits, il est difficile de comprendre qui finance quoi. D’autant que sur le portail du ministère de l’écologie, les données sont antérieures à 2004, les prix étant encore affichés en francs.

Malgré la décentralisation, un principe demeure : « L’eau ne doit financer que l’eau ». Par cette maxime, le ministère de l’écologie rappelle que le budget des communes doit s’équilibrer. Le coût des opérateurs privés, de 25 % plus cher que le public,  a donc poussé certaines communes à ne pas renouveler leurs contrats avec eux. C’est le cas de la ville de Paris qui n’a pas reconduit le contrat signé il y a vingt-cinq ans avec Veolia et Suez. Depuis le 1er janvier 2010, la mairie de la capitale gère elle-même la distribution de l’eau.

Cette décision pourrait créer un précédent et relancer le débat autour de la municipalisation de l’eau. Or, en France, les opérateurs privés en délégation de service public contrôlent 72 % de ce marché, Veolia en tête (39 %), suivi de Suez (19 %) et de la Saur (11 %). D’ores et déjà, le syndicat des eaux d’Île-de-France a lancé un appel d’offre pour le renouvellement du contrat. Il concerne 144 communes (hors Paris), soit 4,2 millions d’habitants. La décision interviendra en mars 2010. En 2012, ce sera au tour de Toulouse et de Bordeaux de reconsidérer ou non, la gestion privée. Paris pourrait s’avérer être la goutte d’eau qui fait tâche d’huile.

Matthieu Chaumet, Leïla Kaddour-Boudadi, Margot Perrier, Caroline Venaille

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