Vous travaillez en binôme avec votre fils, Alexis Dormal. Comment vous organisez-vous concrètement ?

Dominique Roques. N’étant plus toute jeune, je prends, depuis longtemps, des notes sur des instants de vie et sur mes lectures. À partir de cela, j’imagine des sketches humoristiques, car notre but est de faire sourire le lecteur, ce qui est déjà très ambitieux de notre part. J’écris les dialogues avant de les présenter à mon fils. S’il les trouve drôles, il les met en scène. Le dessin n’est d’abord qu’esquissé pour que je puisse en faire la critique. Si cela me convient, il le termine puis le peint à l’aquarelle. Sinon, il le reprend. Il y a en fait un aller-retour permanent entre nous. Nous disposons même d’un troisième regard puisque mon second fils y ajoute ensuite son grain de sel. Le côté familial de notre travail constitue un atout de taille. Si, par exemple, nous faisions appel aux conseils de nos amis, ils seraient sans doute trop indulgents et ne se permettraient pas certaines critiques.

Tous ces allers-retours doivent beaucoup vous retarder. Combien de temps vous faut-il pour créer un album ?

D. R. : J’avais préparé beaucoup de sketches avant même la sortie du premier tome, donc Alexis réussit pour l’instant à réaliser un album par an. Mais c’est peut-être un peu trop. Cela le fatigue beaucoup. Nous avons commencé il y a quatre ou cinq ans. Faire aboutir notre projet pour le présenter à un éditeur nous a demandé deux années pendant lesquelles nous avons travaillé en parallèle : lui sur les dessins, moi sur les scénarios. Et il nous a encore fallu une année pour tout finaliser. Alexis avait crayonné la totalité de l’album avant d’en envoyer quelques pages à Dargaud. Quand nous avons vu l’éditeur, tout l’album était prêt.

Pourquoi avoir choisi la bande dessinée ?

D. R. : Alexis a fait des études de cinéma. Comme il a toujours aimé cela, il s’est ensuite dirigé vers le dessin animé. Il a fait trois ans de dessin. Moi, je me faisais du souci, car il ne travaillait toujours pas. Il y avait des bandes dessinées que l’on aimait beaucoup, comme Calvin et Hobbes, Mafalda, et  la BD humoristique en général. Alors j’ai décidé de prendre les choses en main en lui proposant des scénarios. Au début, c’était loin d’être parfait. Il y avait beaucoup de travail, mais j’ai persévéré. Simultanément, Alexis avait choisi des scénarios qu’il aimait pour tenter d’en dessiner le personnage. Mais il n’était jamais sûr de lui et créait des dizaines de bonhommes. Jusqu’au jour où, en passant derrière lui, j’ai aperçu sur la feuille une petite tête que j’aimais beaucoup. Nous sommes partis de là. Ainsi est né Pico Bogue, dont le quatrième tome est actuellement en cours de création.

Propos recueillis par K. B., M. C., M. L., J. P.