Photo : Magali Lagrange

« Le 37e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême pourrait ne pas avoir lieu », déclarait Franck Bondoux, jeudi 29 octobre 2010, au micro de RTL. À trois mois de l’ouverture, l’annonce du délégué général de la manifestation a fait l’effet d’une bombe…

À l’origine de ce coup de sang, une déclaration de Philippe Lavaud, le maire d’Angoulême. Ce dernier réagissait à une baisse importante de l’aide attribuée par l’État à l’ensemble des activités culturelles de la ville. Une perte qui s’est répercutée sur le budget de la municipalité. Philippe Lavaud a donc annoncé, dans le quotidien Sud-Ouest du 28 octobre, qu’il ne pourrait pas verser les 400 000 euros de subventions allouées chaque année à la location et au montage des bulles qui accueillent les exposants. Selon Francis Groux, fondateur et vice-président du festival, il est impossible de monter un tel événement sans l’argent de la municipalité. Il ne peut se permettre de perdre la notoriété et le prestige qu’il a acquis en trente-sept ans s’il souhaite subsister. Le maire suggère alors à l’association Neuvième Art +, qui organise le festival, de partager les frais avec les différentes maisons d’édition ou de recourir davantage à des fonds privés pour couvrir le déficit.

Ces derniers représentent déjà un tiers du budget de l’événement, dont le coût total se monte à environ 3 millions d’euros. Un autre tiers provient de la ville et des autres partenaires publics, tels que la Communauté d’agglomérations du grand Angoulême (Comaga), de la région et, bien entendu, du ministère de la Culture. Le troisième provient des éditeurs et des autres exposants qui louent des espaces, ainsi que de la vente des billets.

Le festival, centre d’une économie

Devant la réaction de Franck Bondoux, Philippe Lavaud révise sa position et verse la subvention, mais amputée de 125 000 euros. Si, comme l’avait suggéré le maire d’Angoulême, les éditeurs avaient dû financer la location des bulles, certains ne seraient pas venus. Participer à un tel événement représente déjà un coût très lourd que les petites maisons d’édition - les plus nombreuses - ont du mal à surmonter. Les responsables de Futuropolis, petit éditeur parisien, le confirment : « Angoulême est une vitrine formidable et incontournable, mais l’emplacement coûte cher. C’est la moitié de notre budget communication annuel. » Impossible, pour lui, d’envisager de payer plus.

Si le festival perdait de sa qualité, la ville serait également touchée. Et cela Philippe Lavaud le sait bien. Sans grande richesse, coincée sur un plateau, Angoulême s’est construit au fil des ans une économie autour du festival : Cité internationale de la bande dessinée et de l’image (Cibdi), École européenne supérieure de l’image (Eesi) avec son master en bande dessinée et édition, sans oublier les murs peints.

 

Photo : Margaux Chevalier

Si le festival s’effondre, c’est Angoulême qui s’effondre. Neuvième art + et la municipalité, qui l’ont bien compris, ont décuplé leurs efforts pour trouver les 125 000 euros manquants. Le ministère de la Culture a ajouté 40 000 euros à sa subvention annuelle. Une somme a également été déboursée par le Haut Commissariat à la jeunesse. La Comaga a pour sa part mis 15 000 euros supplémentaires sur la table, et la Chambre de commerce et d’industrie d’Angoulême les 30 000 restant.

Une solution trouvée in extremis, mais qui ne clôt pas l’affaire pour autant. A la fin des festivités, les organisateurs et la ville se réuniront pour renégocier le contrat triennal qui fixe le montant des subventions. Avec une petite lueur d’espoir, cette année, puisque le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, présent lors de la remise des prix du festival le dimanche 31 janvier, a déclaré qu’il ferait en sorte que la manifestation ne connaisse pas ces péripéties l’an prochain.

Kevin BERTRAND, Margaux CHEVALIER, Magali LAGRANGE, Julien PEPINOT