Petit retour en arrière : fin janvier 2009, Andry Rajoelina, 33 ans, ancien disc-jockey puis homme d’affaires dans la publicité et la communication (affichage publicitaire, télévision, etc.), maire de la capitale depuis 2007, appelle à la grève générale contre ce qu’il dénonce être une « dictature » mise en place par le président de la République malgache. Ce dernier, Marc Ravalomanana, élu une première fois en 2002, effectue un second mandat depuis 2006. Très vite, des manifestations sont organisées dans la capitale et tournent à l’émeute. Le 7 février, une trentaine de manifestants sont tués par la garde présidentielle qui tire à vue sur les partisans de Rajoelina.

Après des négociations et la rébellion d’une partie de l’armée, les pouvoirs sont transférés à Andry Rajoelina le 17 mars 2009. Trop jeune pour être désigné président selon la Constitution malgache, il prend la tête de la Haute Autorité de Transition (HAT) et promet d’organiser de nouvelles élections présidentielles d’ici fin 2010. Quelques jours après sa prise de fonction, l’Union européenne (UE) et les Etats-Unis prennent position et qualifient de coup d’Etat la prise de pouvoir de Rajoelina. Pendant ce temps, l’ex-président Marc Ravalomanana s’exile en Afrique du Sud. Quelques uns de ses partisans continuent de manifester à Madagascar mais leur mouvement est vivement réprimé par le nouveau pouvoir en place.

C’est donc la mainmise sur le pouvoir de Rajoelina que les Malgaches membres du GTT dénoncent au Trocadéro. Sur leurs banderoles fleurissent les slogans : « Libérons Madagascar », « Rajoelina democracy killer » ou encore « Peuple sacrifié, Rajoelina acheté ». Car pour eux, ce coup d’Etat n’est pas qu’une affaire nationale, mais bien une ingérence hexagonale dans le but de favoriser ses intérêts économiques. « Nous pensons que la France a favorisé la prise de pouvoir de Rajoelina pour se placer dans l’exploitation des ressources en pétrole récemment découvertes », dénonce une des militantes du GTT.

Quelques mois avant les troubles de mars 2009, en effet, après trois ans de prospection, les premiers barils de pétrole étaient extraits à Tsimiroro. Le GTT accuse donc la France d’avoir payé les manifestants : « Elle a donné de l’argent à Rajoelina avec lequel il a acheté des gens pour qu’ils manifestent en sa faveur. Quand vous n’avez rien à manger et qu’on vous donne 10 euros, vous êtes capable de faire n’importe quoi. » Autre élément avancé : Andry Rajoelina aurait trouvé refuge à l’ambassade de France pendant cinq jours lors des émeutes de mars 2009. L’armée aurait également été grassement payée pour se retourner contre Ravalomanana et favoriser l’accession au pouvoir du jeune maire de la capitale.

Les sources de l’économie malgache taries

Au-delà des enjeux pétroliers, pour l’instant incertains, cette thèse est défendue par de nombreux observateurs qui y voient l’illustration d’une rivalité entre les Etats-Unis et la France. Quoi qu’il en soit, les conséquences de la prise de pouvoir d’Andry Rajoelina sont, quant à elle, objectivement constatables. Quelques jours après l’investiture de l’ancien DJ, le 30 mars 2009, Madagascar a été exclu de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Les aides financières émanant des institutions internationales ont été suspendues. Ainsi la banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la Banque africaine de développement, les Etats-Unis et la Norvège ont tour à tour stoppé l’envoi de fonds à Madagascar. Le 7 juin 2010, jugeant que la situation n’évoluait pas assez rapidement dans le sens du rétablissement du régime démocratique, l’UE a décidé de suspendre l’injection de 588 millions d’euros sur cinq ans prévue dans le cadre du 10e Fonds européen de développement (FED). Même si les aides d’urgence et humanitaires sont maintenues, ces mesures restrictives de la part de la communauté aggravent la pauvreté de l’île. Un retour à la démocratie par de nouvelles élections législatives et présidentielle conditionnent le rétablissement de ces différents subsides.

Un retour à l’ordre démocratique pour améliorer les conditions économiques mais aussi sociales, c’est ce que souhaite le GTT. En effet, le collectif dénonce la violence de la répression contre les opposants à la Haute autorité de transition. Ils espèrent le retour de Marc Ravalomanana qui devrait « pouvoir, dans un souci démocratique, revenir pour terminer son deuxième mandat ». Rappelons cependant que l’ex-président avait refusé la tenue d’un deuxième tour lors de l’élection présidentielle de 2002. Estimant que le score de sa victoire au premier tour avait été minoré et qu’il avait obtenu la majorité lui permettant l’élection dès le premier tour, il s’était autoproclamé président envers et contre la Constitution…

Marion POUPART



Une militante du GTT nous livre les revendications du collectif