Il est 15 heures à Essaouira. La ville est en effervescence. Des milliers de touristes, cachés derrière leurs appareils photos, suivent le cortège des Gnaouas qui défile sur le boulevard Mohamed-V jusqu’à la médina. Au son des guembris, ces instruments mi-luth mi-tambour, ces descendants des anciens esclaves venus d’Afrique Noire se laissent aller à la danse traditionnelle. Leur musique et leurs chants associent les rituels africains au culte de l’islam. Les musiciens sont regroupés en confréries dirigées par un maâlem (maître). On les distingue grâce aux couleurs de leurs vêtements de satin. Un par un, ils avancent vers le public. Certains dessinent des cercles avec leur tête pour faire danser leurs longues perruques noires. D’autres sautent dans les airs tout en continuant à jouer.

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Arrivés aux abords de la médina, une dizaine de groupes jouent dans un vacarme saisissant. Le bruit des timbales résonne entre les murs ocre. Les maâlems échangent un regard puis d’un signe de la tête, font arrêter la musique, net, laissant alors la place aux applaudissements du public conquis.

Pendant ce temps, dans les rues de la médina, les commerçants marchandent avec les « gazelles » et les « gazeaux » venus d’Europe. Les négociations sont de courtes durées et souvent à la faveur des vendeurs. Le long des remparts, des jeunes musiciens marocains attirent les curieux.

Balade au cœur du festival underground

A deux pas du vieux quartier se trouve le port d’Essaouira. Des barques bleues serrées les unes contre les autres couvrent entièrement les eaux. Pendant que les Gnaouas assurent le spectacle dans l’enceinte des remparts, les pêcheurs ramandent leurs filets, accordant peu d’importance aux regards curieux des quelques touristes. Le festival, les pêcheurs semblent s’en moquer. L’essentiel est le nombre de poissons vendus aux restaurateurs du coin. Les seuls vacanciers qui les intéressent sont ceux qui errent le long des remparts à la recherche de haschich.

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Musiques sacrées du monde

Tard dans la nuit, les concerts se succèdent. Mais à ceux de musiques traditionnelles, se mêlent ceux de jazz ou de reggae comme celui du chanteur allemand Patrice. Au grand dam de Driss, chauffeur de taxi et adepte de musique gnaouie. Pour lui, le festival d’Essaouira a perdu son charme lorsque le jazz a fait son apparition dans la programmation. « La vraie musique traditionnelle se joue dans l’intimité. On écoute les maâlems en famille, au cours de cérémonies. Cette musique-là guérit et repousse les esprits maléfiques. » Pour se justifier, les organisateurs expliquent que les Gnaouas ont influencé toutes les musiques du monde, comme le reggae, le jazz ou plus récemment la fusion.

La ville reste cependant le haut lieu des musiques sacrées au Maroc. Les touristes européens y affluent, chaque année plus nombreux, pour les découvrir. Ces quatre jour-là, Essaouira voit ainsi sa population passer de 70 000 habitants à plusieurs centaines de milliers en trois jours.

Clémentine Hillairet (textes et photos)

Pour avoir un aperçu du festival gnaoua, musiques du monde. Et puis le reportage de Media1sat

Comment s’y rendre ?

Avec Royal Air Maroc, vous arrivez directement à Essaouira pour 300 € en moyenne. Pour les petits budgets, un vol Paris-Casablanca avec Easy-jet par exemple, ou Jet4you vous coûtera environ 200 € (vols A-R) en période creuse. Comptez cependant dans les 500 € pendant la période du festival. Vous pouvez ensuite louer une voiture sur place, environ 28 € la journée, kilomètrage illimité.
Essaouira est située à environ 450 kilomètres de Casablanca, mais ne vous y trompez pas, il faut bien compter sept heures, en prenant son temps, pour s’y rendre. Mais ça vaut le voyage. En longeant la côte, les paysages sont magnifiques.
Depuis Marrakech c’est plus court, 200 km pour trois heures de route, et les vols depuis la France moins chers. Vous traverserez des paysages désertiques mais tout aussi charmants.