« Pour une surface de 153 mètres carrés, le propriétaire d’une maison troglodytique paie 411 euros de taxe foncière. Sur la même commune, pour une maison de 150 mètres carrés avec un peu de terrain autour, il paierait à 850 euros  environ », explique Laure Doradoux. Cette négociatrice immobilière de Vouvray a vendu plusieurs troglos. Elle connaît bien les différences d’imposition entre les deux types d’habitat. Pourtant, les professionnels, dont l’activité est en rapport avec ces cavités souterraines, sont loin d’être aussi catégorique et ne sont même pas d’accord entre eux. Pour certains, cette situation relève directement du statut juridique du troglo. Seule la façade serait considérée comme bâtie et une partie du logement ne serait pas prise en compte dans le calcul de la taxe. D’autres estiment que c’est uniquement la surface habitable qui entre en ligne de compte. Là encore, il est difficile d’y voir clair.

C’est un fait, chaque contribuable français déclare ses revenus, ainsi que la nature et le lieu de son domicile. Il est ainsi assujetti à la taxe foncière s’il est propriétaire, ou à la taxe d’habitation, s’il est locataire. Chaque propriétaire d’une cave troglodytique doit déclarer – pour lui ou pour son locataire – la surface habitable et les éléments de confort du logement : eau, électricité, jardin, garage etc. Or, la surface peut varier lorsque la roche bouge du fait de l’humidité. Pas évident non plus de calculer le volume d’une pièce quand les murs et le plafond ne sont pas plans, comme c’est le cas dans un troglodyte. De plus, on peut étendre un logement en creusant vers le fond de la cave sans forcément le déclarer. Rien n’obligeait Lucette Guyon, par exemple, à faire part aux services fiscaux des travaux qu’elle a réalisés chez elle il y a quelques années. Elle a réaménagé trois pièces supplémentaires et pour cela elle a dû agrandir ses caves de 12 mètres carrés : « Je les ai déclarées à l’administration et cela s’est rajouté à ce que je payais déjà. Je n’ai pas envie de me faire attraper avec un contrôle. »

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Mais ces vérifications, pour les troglos, sont plus rares que pour les autres logements. Et c’est sur la seule base déclarative que repose l’imposition foncière. Le centre des impôts fonciers de Tours est formel : il n’y a pas d’amende prévue s’il y a erreur de déclaration ou omission volontaire. De plus, si l’on découvre qu’un propriétaire paie une taxe inférieure à celle qu’il devrait payer, il ne risque que de devoir rembourser la somme due des deux années précédentes.

La situation fiscale des habitats troglodytiques est donc un peu à part. Cela se vérifie même au niveau de leur recensement au cadastre. Sur toute la France, les terrains, qu’ils soient occupés ou non, sont tous répertoriés dans ce document, utilisé comme base juridique pour calculer les impôts fonciers. Or, d’après Maryvonne Le Ferrand, responsable du centre des impôts fonciers de Tours, ce plan cadastral ne dénombre que les entrées des caves : « Les volumes ne sont pas représentés. On ne sait pas ce qu’il y a derrière ou en dessous d’une entrée. » Difficile donc d’imposer un bien immobilier dont on ne connaît pas la surface exacte. Pourtant, depuis quelques années, les services fiscaux estiment que si la cave est occupée, la personne doit payer les mêmes taxes que les autres contribuables.

Le problème est le même que pour la taxe d’habitation. Tout comme l’impôt foncier, elle est moins élevée que celle d’une maison bâtie. Ce qui représente un manque à gagner pour les services fiscaux.

Pourtant à ce jour, aucun recensement des surfaces souterraines habitables n’est en projet. Une situation qui n’étonne pas l’une des employés du centre des impôts fonciers de Tours : « Ce n’est pas à l’ordre du jour car, finalement, même taxés au même titre qu’une maison classique, les troglodytes ne sont pas rentables pour nos services. » Et d’ajouter avec une pointe d’ironie : « Mieux vaut taxer les supermarchés et les villas. »

Sabrina LANG et Marie TARTERET