Pour pouvoir pratiquer le métier dont ils avaient envie, des journalistes ont décidé de créer leur magazine. Qu’ils sortent de l’école ou qu’ils soient chevronnés, le long format, l’analyse et les reportages sont leur cheval de bataille.


couvGuide1-211x300.jpg« Nous avons décidé de créer notre magazine pour être libre d’exercer le métier que nous rêvions de faire. Nous sommes plutôt axés sur le reportage et les enquêtes. Nous voulions réaliser un magazine qui s’inscrit contre la tendance grandissante à faire des formats courts et du journalisme dans l’urgence. » C’est ainsi que Jérôme Lefilliâtre présente le magazine parisien Mégalopolis, dont il est rédacteur en chef. « C’est un peu la vision romantique du métier, reconnaît-il, mais on ne se voyait pas passer notre vie derrière un ordinateur à reprendre des dépêches. » 

Fondé en février 2010 par une dizaine de jeunes issus de l’école de journalisme de Science Po-Paris, Mégalopolis traite en profondeur des sujets de société liés à la région parisienne. « Nous sommes sur des formats longs, avec des articles qui font généralement entre 10 000 et 40 000 signes. » Le magazine a été lancé grâce aux économies de ses fondateurs. Les débuts ont été difficiles mais, aujourd’hui, les nouvelles sont bonnes. « Nous avons récemment trouvé des investisseurs, ce qui va relancer la machine avec plus de moyens », s’enthousiasme Jérôme Lefilliâtre. 

Une initiative similaire a eu lieu en Bretagne, en 2003. Là aussi, le pari était audacieux. Cinq jeunes, âgés en moyenne de 23 ans et diplômés de l’IUT (institut universitaire de technologie) de journalisme de Lannion, décidaient de lancer leur propre magazine mensuel d’information locale, couvrant la zone du golfe du Morbihan, au sud de la Bretagne. Baptisé Le Mensuel du Golfe du Morbihan, le premier numéro est sorti le 3 septembre 2004. Au départ, ils pensaient que leur projet ne durerait pas plus de deux ou trois mois. Depuis, ce sont 75 numéros qui sont parus. En 2009, l’équipe chapeautait le lancement d’un autre magazine au concept équivalent, couvrant l’actualité de l’agglomération rennaise. L’équipe du Mensuel de Rennes regroupe actuellement quatre journalistes à temps plein et un photographe. Moyenne d’âge : 28 ans. La charte des deux magazines indique que la ligne éditoriale est tournée vers le journalisme d’analyse. « Une partie de la population est en attente de contenus de qualité et d’une information plus fouillée »  commente Nicolas Legendre, journaliste au Mensuel de Rennes.

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« Nous fonctionnons en bi média, avec un site internet indissociable du magazine. C’est aussi une façon de toucher un public plus jeune, qui consomme les médias différemment », poursuit-il. L’équipe réalise même des webdocumentaires. « Nous essayons de faire les choses bien mais sans moyens énormes. Nous ne faisons jamais tout en même temps. Nous ne sortons pas sur un événement en faisant à la fois de la vidéo, de la photo et en prenant des notes. Mais parfois, quand le sujet s’y prête, nous décidons de mettre de l’énergie et du temps pour réaliser un webdoc. »  Une vitrine qui peut amener les Internautes vers la version papier. Magazines de presse de proximité, ces journaux sont indépendants de tout pouvoir politique. Leurs recettes proviennent à la fois des abonnements, de la publicité et de la vente en kiosque. Les deux mensuels se portent bien. Le Mensuel du Golfe et celui de Rennes sont respectivement tirés à 6 000 et 10 000 exemplaires.

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En juin, le Mensuel de Rennes a sorti une webdocumentaire

Créer son propre magazine, c’est avant tout un moyen pour ces jeunes de pratiquer le journalisme qu’ils souhaitent. « Cela implique des contraintes : on travaille beaucoup et notre économie reste fragile, puisque nous n’avons pas les assises d’un gros groupe de presse. Mais cela offre des espaces de liberté qui sont très enthousiasmants au quotidien » confesse Nicolas Legendre. 

M. T.