Au mur, une tête de faon arborant un soutien-gorge blanc autour du cou. Livres, journaux et ordinateurs s’entassent sur des bureaux de bois. Deux fauteuils dépareillés sont disposés face-à-face. L’un, en cuir vert, imposant et confortable. L’autre, plus étroit, en tissu beige à motifs. D’imposantes lampes en fer ou aux abat-jours fleuris complètent le mobilier, sans oublier le porte-manteau trépied d’où pend une chemise à carreaux, probablement oubliée. Et l’œil interrogatif de Salvatore Dali, dont l’immense portrait est placardé au mur, contemple la salle de rédaction d’Uzbek et Rica. Au final, la décoration est un peu à l’image du mook : définitivement hors du commun. « Le style des lieux fait partie de nous », remarque Thierry Keller, le rédacteur en chef.

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Faute de moyens, la petite rédaction partage ses locaux situés au cœur de Paris, avec une agence de publicité. Ce qui ne manque pas de sel car, justement, celle-ci est absente des pages du trimestriel.
Dans une bibliothèque adossée au mur, les numéros déjà publiés, dont le dernier, sorti en mars 2011. Le prochain, initialement prévu en juin, a été reporté pour cause de nouvelle formule.

Le premier numéro d’Usbek et Rica est sorti « le même jour que l’Ipad ». Mais la comparaison s’arrête là. « Notre maître-mot, notre ligne, c’est l’étonnement, le rêve, l’uchronie. Tous les sujets ont pour ligne directrice la prospective », explique Blaise Mao, un grand brun aux lunettes carrées. Rédacteur en chef-adjoint, il s’occupe de la partie éditoriale en collaboration avec Thierry Keller. Leur principale tâche est d’écrire. « Cela nous prend environ un mois, ce qui explique la parution trimestrielle, ajoute Blaise. Le temps de trouver des idées de sujets et, surtout, de nous documenter car il nous faut énormément lire pour apporter une réflexion au lecteur. Et contrairement au ton décalé et drôle à la mode partout, nous, nous souhaitons être “calés“, sérieux. Nous ne voulons publier que ce qui nous semble suffisamment documenté et recherché sur le fond. »

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Il est important, pour l’équipe, de tenir ses promesses vis-à-vis des lecteurs. Et pour certains de ces derniers, c’est le coup de cœur. Comme ce nouvel abonné pour qui Philothée Gaymard prépare l’envoi des quatre premiers numéros. Philotée tient le rôle précieux de « touche-à-tout » : elle gère les comptes Facebook et Twitter, les interventions en librairies ou dans des lieux plus iconoclastes comme la Gaîté Lyrique. Elle s’occupe aussi la transformation du site web.

Les 500 000 euros investis au départ ont servi essentiellement à la création des premiers numéros.
Aujourd’hui, les quatre comparses touchent un salaire. Ils travaillent avec un réseau d’amis pigistes. « Ils sont payés de 100 à 400 euros l’article », confie Blaise. Faute d’avoir les moyens d’organiser de grandes campagnes de communication, la rédaction se débrouille pour faire parler d’elle. « A la Gaité, explique Philothée, nous avons organisé une forme d’happening. Nous avons organisé un tribunal qui devait juger l’immortalité (un thème choisi dans de nos premiers numéros) et tiré au sort un jury. Le rôle du public fut de juger de ses effets sur notre société. Nous avons voulu un événement interactif. La moitié de la salle était pleine. Nous espérons faire mieux la prochaine fois. C’est notre façon de nous faire connaître. »

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La reconnaissance est l’objectif de Jérôme Ruskin : « Nous ne sommes pas encore rentable mais nous nous faisons connaître, petit à petit. Le but, c’est de créer la marque Usbek et Rica ». Une application Ipad, un nouveau site web et une Journée pour le futur sont pour bientôt. Autant d’événements pour installer durablement le mook dans le paysage médiatique.

S. B. (textes et photos)



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