patricia_Louison.jpg« Il vient m’interroger sur le manque de femmes blondes à la télévision », ironise Patricia Loison quand l’un de ses collègues de « Soir 3 » lui demande ce que je viens faire dans les locaux de France Télévision. De l’humour, la nouvelle présentatrice du Soir 3 n’en manque pas. 

Il est 17 heures, la conférence de rédaction pour le journal du soir commence. Jean-Jacques Basier, rédacteur en chef du JT, veut que Patricia dise un mot sur les suites du tremblement de terre en Espagne. Elle trouve que l’événement est dépassé et mineur. « On ne va pas diffuser des images d’Espagnols en train de faire une paella géante quand même», se moque-t-elle. De la personnalité, la journaliste en possède. « Pour réussir dans ce métier, il en faut », confirme Laurent Calvez, responsable d’édition du « Soir 3 » qui l’a connue à LCI où elle a débuté en 1994. 

Et c’est un fait que Patricia Loison ne répond pas aux canons habituels de la présentatrice télé : petite, cheveux court et bruns, quelconque et d’origine indienne. « Je suis une Française déguisée en Indienne », s’amuse-t-elle. Pour autant, ne vous attendez pas qu’elle arbhore un point noir au milieu du front et qu’elle exécute une danse indienne en bougeant harmonieusement les bras. La journaliste est certes née Inde en 1971. Mais sa mère biologique (« sans doute une jeune mère célibataire ») l’a abandonnée à l’orphelinat des missionnaires de la charité, l’ordre créé par mère Teresa, à New Delhi. Elle a 6 mois quand un couple de Français « qui n’arrivait pas à avoir d’enfants » l’adopte. Direction la banlieue parisienne : Sartrouville (78). Rien à voir avec un quartier difficile. « Des banlieues », comme l’imaginaire collectif français se l’est construit, elle n’y sera jamais confrontée. Elle mène une jeunesse « paisible », sans accroc, ne manquant de rien. Ses parents appartiennent à la classe moyenne supérieure. Son père, représentant commercial, fonde sa propre entreprise dans les matériaux de construction et y fait fortune. 

Du racisme ou des discriminations, elle n’en a jamais souffert. « Durant toute ma vie, je n’ai entendu que deux remarques déplacées. Je n’en tiens même pas compte. » Patricia Loison fonce. Pour le travail, c’est la même histoire. « Je touche du bois, mais je n’ai jamais été confrontée à des discriminations, ajoute-t-elle. Qu’elles soient ethniques ou sexuelles. J’ai une bonne progression de carrière. Je suis fière de mon parcours. »

Une carrière brilliante

Son parcours est classique, mais éclatant. Bac économique en poche, elle bosse d’arrache-pied en classe préparatoire littéraire pendant deux ans. Puis elle entre à l’Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille. En 1994, TF1 la recrute pour sa nouvelle chaîne d’information LCI. Elle y reste dix ans. En 2005, elle rejoint iTélé. En 2009, elle quitte le groupe Canal+ pour France Télévision où elle succède à Laurent Bignolas dans « Faut pas rêver ». Voyage et international sont les mots clés de sa carrière. A LCI, elle présentait « Le Journal du monde ». A iTélé, le « Journal de l’international » puis « Un jour dans le monde ». 

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Patricia Loison n’est pas dupe. Elle sait que ses origines indiennes sont pour beaucoup dans sa réussite et ont incité ses patrons à la recruter pour présenter l’actualité internationale. « Il faut être plus cynique qu’eux, mais avec de la générosité », confie-t-elle. Elle se montre reconnaissante envers Jean-Claure Dassier, l’ancien patron de LCI, qui l’a aidée dans sa carrière. Et envers Georges Pernaud, qui a « misé sur [elle] » pour « Faut pas rêver ». Thierry Thuillier, directeur général de l’information de France Télévisions, confirme : « Au-delà de son parcours professionnel, Patricia Loison, née à New Delhi, représente une ouverture de la société française. » France Télévision l’a recrutée pour qu’elle réalise un journal tourné vers l’Europe et l’international, « car les médias jouent un rôle dans le désintérêt des Français pour l’Europe », pense-t-elle. 

Pour autant, la présentatrice de « Soir 3 » ne se veut pas « militante » des minorités en France : « Je ne suis pas dans le combat, poursuit-elle, même si je suis la première à dénoncer les injustices. » Elle voulait intervenir dans le cadre de la préparation de l’ESJ-bondy blog. Mais faute de temps, elle n’a pas pu. « A cause de mes deux filles », tient-elle à préciser.

Cet intérêt pour l’autre et l’ailleurs est présent jusque dans son bureau. On y trouve une carte du monde punaisée au mur. Sur un meuble, dans un cadre, la photo de l’acteur Forest Whitaker jouant Idi Amin Dada dans Le Dernier Roi d’Ecosse. Tout autour des photos ou des souvenirs de ses voyages à travers le monde : une carte de visite du Liban, un photo d’elle en train de se préparer pour un direct à Washington. Elle a toujours un regard porté sur le monde, c’est même indissociable de la conception même de son métier. Elle l’expliquait ainsi au journal La Croix, en 2010 : « Si mes parents n’avaient pas entendu parler des problèmes de l’Inde grâce à la presse, ils ne seraient peut-être pas venus vers ce pays-là. Je me suis toujours dit que, d’une certaine façon, j’étais redevable, qu’il fallait que j’informe les gens sur ce qui se passe hors de chez nous. » 

A. O.

Photos : France 3 - itélé