Capture_d_ecran_2011-11-24_a_16.47.22.pngComment est né Causette ?
Le directeur de la publication, Grégory Lassus-Debat, est parti d’un constat : beaucoup de femmes ne se reconnaissent pas dans la presse féminine. En interrogeant ses amies, il s’est aperçu que toutes voyaient dans ces magazines une sorte d’offense, la femme étant réduite à l’image d’un porte-monnaie. C’est une pensée que beaucoup partagent, sans forcément oser la manifester. L’idée de Causette, c’est de s’adresser aux femmes sans les prendre pour des quiches. Et cela fonctionne plutôt bien : nous tirons à 75 000 exemplaires et nos chiffres augmentent sans cesse. C’est aussi parce que nous n’avons pas de concurrence : des magazines comme Elle ou Marie Claire ne font de grands reportages que pour faire passer encore plus de publicité. C’est vraiment regrettable. J’adorais lire ces magazines avant, mais avec le temps, ils se sont complètement perdus au profit des annonceurs.

Vous fonctionnez sans publicité. Quand on sait que c’est ce qui finance près de 50 % d’un magazine féminin d’ordinaire, comment faites-vous pour exister  ?
C’est difficile. Mais c’est le prix de la liberté. Pour vivre cette aventure, nous avons tous quitté nos emplois dans d’autres rédactions. Beaucoup de journalistes travaillent maintenant à la pige (ils sont payés à l’article, NDLR). Mais d’un autre côté, nous n’avons pas de régie publicitaire à payer. De toute façon, avec les articles que nous proposons, les annonceurs publicitaires ne voudraient pas se trouver dans notre magazine. La preuve, nous recevons très peu de propositions. Les rares publicités que nous mettons se choisissent donc par défaut, et sont essentiellement culturelles. C’est ce qui fait l’identité du magazine. Causette passe de main en main, de copine à copine, de mère à fille. Elles se sentent actrices de cette aventure : en prenant la parole dans nos pages, elles ont vraiment l’impression de participer à chaque numéro. Et c’est quelque chose qui, pour moi, serait impossible si nous avions de la publicité. Nous ne serions alors qu’un féminin parmi d’autres.

1_causette.jpgOn reproche souvent aux magazines féminins d’avoir une influence négative sur les lectrices. Partagez-vous cet avis ?
Effectivement, les féminins peuvent influencer les esprits fragiles, notamment les adolescentes, qui voudraient ressembler aux mannequins des photos. Avec leur taille 34, leurs beaux cheveux et leur belle peau, elles peuvent complexer les lectrices. Celles-ci sont nombreuses à se faire gruger par les régimes et les produits minceurs. 

Causette ne propose pas ce type de sujets. Avez-vous tout de même le sentiment d’influer sur vos lectrices ?
Nous les influençons dans le sens où nous leur montrons que tout redevient possible. Certaines femmes ont repris leurs études car Causette leur a redonné de l’espoir et du courage. Nous avons beaucoup de retour positif dans notre courrier des lectrices. Les femmes qui nous lisent se sentent enfin considérées comme de vraies personnes et pas uniquement des produits. Ce que nous apportons à nos lectrices, c’est avant tout de l’optimisme. 

Capture_d_ecran_2011-11-24_a_16.46.05.pngLa presse féminine a joué un rôle important auprès des femmes dans le passé : hygiène corporelle, libération sexuelle, évolution des mentalités, les magazines ont participé à la construction de notre société. Aujourd’hui, sur quels terrains peut-elle encore jouer un rôle d’après vous ?
Sur l’ouverture des mentalités. Il reste beaucoup de travail. Il faut surtout faire très attention à ne pas perdre les droits que nous avons acquis. Je pense notamment à la pilule ou l’avortement, qui sont trop souvent remis en cause aujourd’hui. C’est un combat que les magazines comme Elle devraient toujours mener. Ils se désengagent petit à petit. A Causette, nous ne cherchons pas des sujets racoleurs pour faire vendre, nous nous posons de vraies questions, auxquelles nous essayons de répondre de manière à ce que tout le monde puisse nous comprendre : nous voulons toucher un maximum de personnes. Et pas seulement des femmes. Beaucoup d’hommes nous lisent. Causette est un vrai magazine, qui traite de vrais sujets et qui s’adresse à tous.

Recueilli par E. R.