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Vendredi matin, c’est dans le quartier du, Sanitas, à Tours que se tient le marché. Entre les producteurs qui apportent leurs propres marchandises, les revendeurs qui se fournissent au marché de gros de Rochepinard et les transformateurs qui fabriquent à partir de produits locaux, l’offre est variée. Très variée. Les prix vont parfois du simple au double d'un étal à l'autre. Le kilo d'oignons que l'on trouve à 0,80 euro chez un revendeur coûtera 1,80 euro chez un producteur. Karine, agricultrice à Fondette, près de Tours, le reconnaît, mais elle ne vend pas tout à fait le même produit : « Nous, nous cultivons ce que nous vendons. Comme nous ne traitons pas nos légumes, nous avons des pertes. Nos produits sont donc plus chers que chez les revendeurs. Eux, ils achètent au marché de gros des produits de l'agriculture intensive, qui parfois sont même importés. » Pas cher, mais qui ne valent guère plus. Et avec un bilan carbone parfois très élevé.

L'atout du marché, c'est que la personne qui est derrière son stand propose aussi son savoir et son savoir-faire. « Nous nous fournissons chez des éleveurs que nous connaissons bien, insiste Laurent, employé de la boucherie ambulante Breton. Nous choisissons nos bêtes et nous les amenons à l'abattoir, c'est mieux. » Marie-Josée attend son tour dans la file. Pour elle, les courses sont une affaire de goût mais aussi d'habitude puisqu'elle est cliente des Breton depuis dix ans : « Au lieu d'aller au supermarché, je m'efforce de faire travailler les producteurs d'ici et puis on a l'impression que ce sont des produits plus frais. C'est relativement plus cher, mais de meilleure qualité qu'en grande surface. » Ce qui est peut-être vrai pour les produits achetés aux agriculteurs et aux artisans bouchers charcutiers. Peut-être un peu moins de ceux proposés par les revendeurs. En quoi ces derniers diffèrent-ils des marchandises du supermarché ?

marche3.jpgL'argument prix de la grande surface

Marché, supermarché, entre les deux, notre cœur balance. Si l'on s'en réfère au coût du panier, avantage au second. Pour un pot-au-feu, le premier prix du kilo de bœuf (plat de côte) est de 6,65 euros sur le marché contre 4 euros sur le stand boucherie de Carrefour. On peut même acheter moins cher la viande sous vide. Dans ce temple de la consommation, la boucherie est tenu par des professionnels habitués aux techniques artisanales. L'impression d'acheter son beefsteak chez le boucher est préservée, malgré le bruit des caddies qui passent dans le rayon. « Ici, les bêtes arrivent entières et c'est nous qui les découpons », explique Pascal. Pour le boucher aux vingt-six années de métier, dont dix chez Carrefour, il n’y a pas vraiment de différence avec les autres boutiques. « Ce qui compte c'est la traçabilité de la viande et le travail qu'on y met derrière. »

Un bio qui coûte cher en euro et en carbone

Sur l'étal réservé aux fruits et légumes bio, le choix n'est, en revanche, pas très varié. Certains produits ont fait le voyage depuis l'Espagne en camion, le moyen de transport le plus polluant. L'emballage plastique qui les distingue des autres légumes ne participe pas vraiment à l'idée du « naturel » que prône le mouvement bio. Les étiquettes qui indiquent les prix ne sont pas visibles. Et lorsqu'on cherche à se renseigner auprès d'une employée du magasin, elle nous répond : « Ce n'est pas mon rayon. Il faut demander au monsieur en vert mais je ne sais pas où il est. »

marche2.jpgSi, au rayon primeur, la plupart des produits sont d'origine française, rien n'indique leur région ni leur technique de production. Entre les carottes et les poireaux, nous rencontrons Brigitte. Qui trouve aux grandes surface un côté extrêmement pratique : « Au moins, ici, j'ai tout au même endroit. Ce que je cherche avant tout, c'est la rapidité. »

Rapidité, vitesse, course, les maux de notre siècle contre lesquels lutte le mouvement slow. Les 19 et 20 novembre, les défenseurs du manger « bon, propre et juste » ont présenté leurs produits lors du salon Euro Gusto, au parc des expositions de Tours. Ni moralisateurs ni inquisiteurs, ils font la part des choses entre la cadence effrénée de la vie active et le temps de la retraite, à l’image de Robert de l'association Croqueurs de pommes : « Quand on travaille on ne fait pas très attention au goût. A la retraite, on prend un autre rythme. A condition de le vouloir. »

Roxane NICOLAS, Pierre-Alain TROCHU
Photos : Roxane NICOLAS

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Pour faire son marché à Tours et dans ses environs