Peut-on manger rapidement et sainement ? Beaucoup en doute, mais Vincent Vandenabeele, lui, est convaincu que c’est possible et veut le prouver. Ancien gérant d’une franchise de restauration rapide, il s’est lancé, à 33 ans, un défi : proposer du snack bio à l'heure du déjeuner. Pour lui, il y a une carte à jouer dans ce marché car le snacking y est quasi inexistant. Sa société, Etape Bio, confectionne et distribue des salades et des sandwichs 100 % bio donc, mais qui restent faciles et rapides à manger. Ses préparations – taboulé, carottes râpées, sandwichs – sont distribuées en France dans cent boutiques labellisées Agriculture biologique (principalement à Paris) ainsi que dans des cantines scolaires de Touraine. On est bien loin des hamburgers, des frites ou des paninis que propose habituellement la restauration rapide.

C’est en 2010 que Vincent Vandenabeele quitte la capitale pour s’installer à Bossée, à 40 kilomètres de Tours. Un déménagement  et  un changement de vie qui lui paraissent évidents pour créer et développer son activité : « Je ne pouvais m’installer ni à Paris ni en banlieue parisienne car on n’y trouve pas, ou peu, d’agriculteurs et qu’il y a très peu de production bio. » Cette décision, il ne la regrette pas. « J’apprécie l’accueil des gens d’ici. C’est une région dans laquelle je me sens bien. » Ses allers-retours réguliers pour démarcher des clients parisiens lui permettent de ne pas oublier ses racines et sa ville natale.

Proximité

Etape bio transforme des produits bruts hyper locaux  issus de l’agriculture biologique pour fabriquer des déjeuners prêts à l’emploi. Le chèvre de Touraine finit dans des salades, le poulet et le jambon dans des sandwichs conditionnés en barquettes. Le patron va chercher lui-même les œufs, le fromage, les fruits et les légumes auprès de producteurs labellisés.

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Proximité, c’est le maître mot de cette entreprise. Vincent est convaincu que cette démarche peut faire la différence sur le marché de l’alimentation bio, en plein essor mais encore difficile à pénétrer : « Personne ne nous attendait. Nous sommes partis de zéro », reconnaît-il. Conclure des marchés avec de nouveaux clients, concrétiser les commandes cela prend du temps. Un démarrage long qui ne l’empêche pas de développer sa gamme de produits. Dernière trouvaille, une salade de fruits qui sera bientôt commercialisée.

Pour s’imposer, Etape Bio mise sur la qualité des aliments et surtout sur le marketing. Ainsi, les barquettes sont fabriquées dans un emballage en plastique recyclé et souple et sont décorées d’une vache souriante à côté d’un arbre et d’un vélo. Le dessin est coloré et « reste dans l’idée snack. Ce n’est pas du marketing de luxe

« Démarche mentale »

Côté recettes, Vincent Vandenabeele se veut au goût du jour. Elles sont donc classiques, exotiques ou végétariennes… Les salades sont à base de tapenade, de curry, de pesto et de tomates séchées. Ces dernières viennent d’Italie ou d’Espagne. Les aliments sont conservés naturellement, sans conservateurs ni additifs, mais moins longtemps qu'un produit classique (onze jours au lieu de quarante). Les prix varient de 2,50 à 4,10 euros pour une salade et de 3 à 3,95 euros pour une barquette de sandwichs. L’entrepreneur sait que la majorité de sa clientèle possède un pouvoir d'achat supérieur à la moyenne, mais il veut croire que bien manger est avant tout une « démarche mentale », comme il le dit, et non une question de portefeuille. « Le mode de vie des salariés a changé et le temps du déjeuner a largement diminué. Ils doivent donc manger rapidement. Mais ils ont le droit de manger sainement », reprend-t-il.

Reste que se positionner slow quand on fabrique du fast demeure compliqué et paradoxal sur le plan marketing. Pourtant les deux concepts ne sont pas si éloignés. Certes on ne mange pas un sandwich tou bio soit-il comme on déguste un morceau de poulet de Gascogne en gelée sur une tartine. Mais dans les deux cas, on savoure le goût original d'un aliment bon, sain et propre.

Pauline LEFRANCOIS
Photo : Jérémie FULLERINGER