poule.jpg

La poule gasconne a été repérée par le réseau Slow Food, en 2008.
Il en a fait un produit sentinelle.

Une robe de plumes noires aux reflets émeraudes, un torse bleu ardoise, une crête rouge, la poule gasconne est un élégant animal. Mais aussi coquet soit-il, ce gallinacé a bien failli disparaître à partir des années cinquante, à cause de l’industrialisation de l’aviculture. Il ne supportait pas d’être enfermé, il a donc été, petit à petit, abandonné par les éleveurs au profit de volailles plus productives et mieux conditionnées à ce mode de production. Il n’a dû sa survie que grâce à quelques éleveurs.

Une association pour sauvegarder la poule gasconne

L’aventure de ce sauvetage débute en 2003. La situation est alors catastrophique. Il ne reste plus qu’environ cinq cents spécimens. Des éleveurs, amateurs et professionnels, se réunissent au sein d’une association, La Poule gasconne, qui s’installe à l’Institut La-Salle-Saint-Christophe, à la fois lycée général et agricole du Gers. Sylvie Blagny, secrétaire de l’association, explique que, dès cette époque, il était clair que l’institut « ne pouvait pas être, seul, porteur du projet ». Avec d’autres membres, dont un agriculteur et un ingénieur agroalimentaire, elle recherche alors des soutiens. Qu’ils trouvent assez vite auprès de l’Inra de Toulouse et du Conservatoire du patrimoine biologique régional de Midi-Pyrénées. Ce dernier inscrit la poule gasconne dans son programme de sauvegarde.
Les objectifs de l’association sont « de faire la promotion de la gasconne auprès des éleveurs et des consommateurs, de retrouver ses standards dans leur version originale », etc. C’est ainsi qu’en 2010, l’association crée un partenariat avec le centre de sélection de Béchanne – qui s’occupe aussi de la poularde de Bresse et de la géline de Touraine – « pour professionnaliser la conservation, la maîtrise génétique des lignées et l’amélioration des caractères de production ».
Aujourd’hui, les résultats sont là. Plus de six mille animaux seront produits cette année. Pour 2012, l’objectif est de sept mille cinq cents. Au total, quatorze éleveurs produisent poulardes (poulettes de six mois élevées pour la chair), poulets (cent cinquante jours minimum d’élevage en plein air), coqs vierges (mâles castrés qui sont moins gras que les chapons et plus charnus que les coqs) et chapons plumés.
La poule gasconne est aussi une excellente pondeuse. Elle peut donner jusqu’à deux cents œufs par an. Mais il n’existe pas encore de circuit de vente des œufs. Surtout, ce qui fait de cette volaille un produit haut de gamme, c’est sa chair tendre, dense, à la saveur exceptionnelle, très recherchée par les restaurateurs, les bouchers charcutiers et le marché de Rungis.
Prochaine étape pour l’association : la demande d’une AOC qui devrait permettre la reconnaissance officielle de cette race qui a bien failli disparaître de notre paysage culinaire.

Romain DELACROIX
Photo : Franck CHEVALLIER

Capture_d_ecran_2011-11-28_a_11.22.03.png

Découvrez une autre sentinelle, le salers, un fromage du Cantal