bar.jpgL’eau que l’on boit chaque jour recèle parfois des saveurs inattendues. A Euro Gusto, les visiteurs en font l’expérience en s’arrêtant au Bar à eau, petit comptoir discret dans une des allées du salon. On s’y assoit et on y commande un verre d'eau. Mais attention, pas n’importe comment : on doit en choisir la température, la couleur, la saveur, l’odeur et la consistance.

Deux barmans un peu particuliers s’affairent, pipettes et flacons en mains. Christophe Prouteau et Romain Renard sont œnologues. Œnologues ? Eh oui, car cette discipline, que l’on imagine réservée au vin, s’étend en fait à l’étude des sensations gustatives procurées par les aliments, des plus complexes aux plus simples, comme l’eau. 

Ce que l’on boit ici est unique : « De multiples paramètres entrent en ligne de compte, mais on sait que l’on peut créer tout ce que l’on veut », explique Christophe Prouteau. Ainsi, avec l’eau de la ville de Tours, on peut élaborer « quatre cents à cinq cents combinaisons », complète Romain Renard. Les deux œnologues, membres de CQFD Degustation, exposent leur ambition : le vin est composé à 90 % d’eau. Grâce à cette dernière, il est possible de créer de véritables chartes gustatives destinées à ces artisans du goût que sont les viticulteurs. Médusés, les adultes quittent ce bar étonnant, avec un regard neuf sur cette bonne vieille flotte.

Instrument d’apprentissage

Attirés par ce comptoir où l’on sert à boire gratuitement, une troupe d’élèves d’école primaire se hisse sur les tabourets. « Un whisky, s’il vous plaît », plaisante l’un d’eux. Les deux œnologues sourient et lui expliquent, patiemment, que l’eau, c’est bien meilleur. 

Avec les enfants, l’expérience devient fascinante. « J’ai composé un breuvage qui a la couleur de la violette, mais pas le goût. Je leur ai demandé de boire et d’essayer d’en identifier l’arôme », explique Romain Renard. Après dégustation, les gamins, unanimes, ont reconnu celui de la violette. « La couleur influence grandement notre perception gustative. Chez les petits, c’est encore plus vrai. C’est pour cela qu’il faut éduquer par le goût », poursuit Christophe Prouteau. L’apprentissage gustatif, c’est avant tout prendre le temps d’apprécier les bonnes choses, c’est « le plaisir de mieux les ressentir », conclut l’œnologue. 

Goûter lentement un aliment ou une boisson, c’est cela qui est « slow », en particulier à Euro Gusto, où les étals débordent de victuailles qui n’attendent qu’une chose, être dégustées, comme l’eau.

Léo POTIER