Les banques françaises sont dites « universelles », quelle est la particularité de ce modèle ?

Elles sont dotées de deux activités : celle de dépôts et celle d’investissement. Cette dernière nécessite d’utiliser les dépôts bancaires. Par exemple, si vous avez des comptes à la Société Générale, votre épargne n’est pas forcément affectée aux crédits immobiliers ou aux entreprises, comme la logique le voudrait. Elle peut être allouée à la banque d’investissement pour spéculer. Et c’est bien là le problème. A l’inverse, ce système a permis de limiter la casse en 2008. Les bénéfices de la branche de dépôts ont pu amortir les pertes de celle d’investissement. C’est aussi grâce à cela que les banques de dépôts ont pu proposer des taux plus bas aux particuliers lorsque l’activité d’investissement était dynamique.

François Hollande propose de séparer ces deux branches. Comment se financerait celle d’investissement ?
C’est la bonne question. Il y a deux possibilités de financement : soit par des fonds privés, soit par des emprunts à d’autres banques. Ce qui peut être dangereux car rien n’empêche une banque de dépôts de prêter de l’argent à une banque d’investissement. 

Quelle différence ?
Aucune ! Si une banque d’investissement venait à faire faillite, les banques de dépôts qui lui auraient prêté de l’argent risqueraient de perdre celui de leurs épargnants. Il faut donc une séparation sur les financements dont les contours ­devront être bien définis : assurer que les dépôts ne seront plus utilisés par les banques d’investissement, sinon la réforme sera incomplète donc inefficace.

Obama, Cameron, Hollande, pourquoi cette séparation suscite-t-elle ­autant d’intérêts aujourd’hui  ?
Nous ne pouvons pas être sûrs des bénéfices moraux et financiers d’une telle réforme. On a plus souvent vu les Etats sauver les banques que l’inverse. Il n’est pas normal que des banques qui sont, de facto, garanties par les Etats, échappent à tout contrôle. La séparation des banques est un début mais cela ne suffit pas. La vraie solution ? Réguler les produits financiers à risques. Et faire en sorte que les Etats aient un contrôle plus important sur des banques qui, si elles font faillite, peuvent mettre en péril le système.

Recueilli par R. C., R. D. et F. H.