Sur une friche de 2 000 hectares, une ferme abandonnée tombe presque en ruine. Murs en pierres, vitres brisées, une couverture en guise de porte. Près d’une fenêtre, sur une chaise en osier qui ne date pas d’hier, un jeune homme grelotte. Nico, 23 ans, vit ici depuis août 2011. Cheveux blonds coupés courts et bien coiffés, plutôt grand, pas bien gros, propre sur lui, il est emmitouflé dans un long manteau. Si on le croisait dans le centre ville de Nantes, à 25 kilomètres de là, on pourrait se croire face à un citadin nanti. Mais dans cette vieille bâtisse de Notre-Dame-des-Landes, rachetée par le conseil général en vue d’être détruite pour laisser place au nouvel aéroport, les apparences ne valent rien. Il partage sa vie avec une vingtaine de personnes dans un campement installé sur cette zone à aménagement différé (ZAD). Ils occupent les lieux afin d’empêcher les travaux et d’exercer une pression sur les autorités dans l’espoir de voir le projet annulé. 

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Nico, 23 ans, vit sur une friche près de Nantes.

Au-delà de la lutte contre l’aéroport, c’est une aventure individuelle et collective qui l’a mené jusqu’ici. Né d’une mère professeure des écoles et d’un père rédacteur de manuels techniques, il suit des études de logistique et de recyclage. Mais une fois celles-ci terminées, pas question de chercher du travail. « La plupart des boulots ne servent qu’à faire tourner la machine économique, estime-t-il. Produire et consommer. » En 2010, il laisse à Strasbourg parents et amis pour adopter un mode de vie simple et respectueux de la planète.

Pendant un an, il parcourt la France à vélo à la recherche de lieux où l’on vit ensemble et autrement. Il a renoncé à ses droits au chômage. Hors de question de vivre sur le dos des autres. Cela aurait vidé son expérience de tout son sens. Car l’objectif est bien de prouver, aux autres comme à lui-même, qu’avec peu d’argent, gagné lors de petits boulots ponctuels, il est possible de vivre en respectant l’environnement. Et de remettre l’humain au centre de la société.

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Nico a construit sa kerterre "sans dépenser un euro".

Aujourd’hui, ses mains lui sont plus précieuses que son portefeuille. Des potagers ont été mis en place sur la ZAD. Ceux qui le veulent y participent et les récoltes sont vendues à prix libres. Comme tout ici. Chacun doit avoir accès à l'indispensable. Sans dépenser 1 euro, il a construit sa kerterre, une cabane faite de terre et de paille. N’y voyez pas un abri prêt à s’effondrer : tout a été étudié. Palettes et pneus pour l’isolation du sol. Cheminée et abri à bois pour le chauffage. Bouteilles et bris de verre intégrés aux parois pour la lumière. Et la déco ? Des motifs et visages sculptés avant que les murs ne sèchent.

Cette démonstration par l’exemple est une manière d’inciter à prendre part au changement, à le créer plutôt que d’attendre qu’il vienne d’ailleurs. Bien qu’il n’exclue pas, un jour, de s’engager dans un parti écologiste, il tient trop à sa liberté. « Je préfère militer pour des idées plutôt que pour un parti. » Une philosophie trop personnelle pour entrer dans des cases. C’est peut-être pour cela qu’il cherche ses mots, les pèse. Il formule sa pensée avec plus d’exactitude pour ne pas qu’on lui fasse dire ce qu’il n’a pas dit.

Difficile de se projeter dans l’avenir. Mais sa liberté et cette simplicité de vie lui assurent une grande sérénité. « Je ne possède quasiment rien mais je me sens plus en sécurité que quelqu’un qui craint de perdre son emploi. S’ils rasent ma cabane pour construire leur aéroport, j’en construirai une autre. A 500 mètres ou à 500 kilomètres, peu importe.

G. L. M., P. L., L. P.
Photos : Gwendal Le Ménahèze.