Dans l’ancienne caserne du Plat-d’Etain qui abrite ses bureaux, Loïc Vaillant, président de l’université François-Rabelais de Tours depuis 2008, explique avec des mots simples le pari de l’enseignement supérieur sur l’apprentissage. Depuis quelques années, le visage de l’alternance change. Ces formations, alliant théorie et pratique, ne sont plus l’apanage des études courtes. Pour ce professeur de médecine, l’apprentissage au niveau supérieur n’est pas une nouveauté. Parce qu’il a expérimenté le régime d’interne, il se considère lui-même comme un ancien apprenti. Un système qu’il veut développer dans de nombreuses filières.

Pourquoi l’université affiche-t-elle cette volonté de s’investir dans l’apprentissage ?

Loïc Vaillant. L’alternance, on y croit et son intérêt est avant tout pédagogique. C’est un système efficace car il permet aux étudiants de mettre directement en pratique les enseignements théoriques qu’ils reçoivent et de découvrir la réalité du monde professionnel. Il est également rassurant car les étudiants se rendent compte qu’ils sont capables de travailler en entreprise. Ils peuvent évaluer sur le terrain leurs points forts, leurs lacunes et orienter leurs efforts pour progresser. De plus, on sait qu’ils s’insèrent plus facilement sur le marché du travail que les étudiants classiques. Certains d’entre eux sont directement embauchés dans l’entreprise où ils ont effectué leur apprentissage. C’est donc une véritable passerelle vers l’emploi. Par ailleurs, les apprentis perçoivent un salaire pendant leur formation. Certains étudiants peuvent donc financer des études longues qui leur seraient restées inaccessibles faute de revenus suffisants. Pour toutes ces raisons, l’université se fixe comme objectif de doubler le nombre de ses apprentis dans les cinq prochaines années. On constate que la demande étudiante est de plus en plus importante. Ce sont des formations très prisées. Nous voulons donc ouvrir plus de filières à l’alternance et augmenter les effectifs dans chacune d’entre elles.

DSC_1699_.jpgExiste-t-il des limites à la généralisation de ces formations ?

L. V. La plus grosse difficulté pour les étudiants a toujours été de trouver une entreprise d’accueil. Et la crise économique n’a pas arrangé les choses. Certaines ont peur d’engager un apprenti. Principalement pour deux raisons. Il existe d’une part un facteur financier : même si l’employeur bénéficie de déductions fiscales, un apprenti coûtera toujours plus cher qu’un stagiaire. Et d’autre part, un aspect pratique : former un étudiant en apprentissage nécessite un encadrement spécifique. Trouver un maître d’apprentissage peut parfois poser problème, notamment pour les PME. Le salon Made In Touraine permet à des patrons ayant déjà accueilli et formé des apprentis de partager leur expérience avec des entreprises qui n’ont pas encore sauté le pas. Pour nous, c’est  l’occasion de dissiper les préjugés sur l’apprentissage. Pour le grand public, il reste une formation manuelle de niveau CAP ou BEP réservée aux non bacheliers. Or on peut étudier en alternance à l’université jusqu’au niveau Master (Bac+5), dans des filières comme le droit ou la gestion, par exemple. Toutefois l’alternance oblige les étudiants à déterminer plus tôt un projet professionnel précis. On observe d’ailleurs que ceux qui aspirent à un apprentissage sont souvent plus matures que les autres.

Pourquoi l’université François-Rabelais est-elle partenaire du salon Made In Touraine ?

L. V. Ce partenariat s’inscrit dans la démarche de l’université de favoriser l’insertion professionnelle. La vocation première du salon est de faire se rencontrer étudiants et entreprises. Le contact direct avec les professionnels est très utile en terme d’orientation. C’est le meilleur moyen pour l’étudiant d’affiner ses goûts ou de découvrir des métiers. On reproche souvent à l’université d’être trop éloignée du monde du travail. C’est de moins en moins vrai, notamment en Touraine. Le salon montre que l’université et les entreprises communiquent et partagent des projets. Grâce à des contacts réguliers, les entreprises nous font part de leurs besoins en termes
de formation notamment pour les activités de pointe où les progrès technologiques font apparaître sans cesse de nouveaux métiers. Nous pouvons ainsi être réactifs, mettre en place de nouvelles filières en alternance ou compléter des formations déjà existantes. Cela permet à l’université de proposer de nouveaux diplômes dans des secteurs innovants qui garantissent des débouchés, notamment régionaux.

Propos recueillis par Laura BURATTI et Camille DROUET
Photo: Camille DROUET