Quentin est un vieux routier de l’alternance. Voilà sept ans, il abandonne la filière générale avec pour seul objectif : obtenir un BTS en électrotechnique. « J’aimais peu l’école, j’avais besoin de mettre en pratique ce que j’apprenais.» Après deux ans de BEP et trois ans de Bac pro en région parisienne, il est aujourd’hui comme un poisson dans l’eau. Il passe la première moitié du mois au CFA d’Amboise et l’autre à Larçay, dans l’entreprise Réseau de transport d’électricité. En participant à une table ronde sur l’alternance au salon Made in Touraine, il veut mettre en valeur les avantages de l’apprentissage.

Ancien apprenti devenu entrepreneur

A ses côtés sur le podium, Yves Fournier partage le même enthousiasme. « L’alternance c’est toute ma vie, confie le dirigeant d’Yvelinox. J’ai arrêté mes études en cinquième pour faire un apprentissage. Puis j’ai rejoint les Compagnons du devoir. » Patron d’une entreprise spécialisée dans la fabrication de mobilier en inox, il a gardé le goût de la transmission. Convaincu que l’apprentissage est le meilleur moyen de recruter du personnel qualifié, il poursuit la même ligne de conduite depuis trente ans. Avec quatre jeunes en alternance sur quarante salariés cette année, il est fier de dépasser les 5% d’apprentis requis pour les entreprises de plus de 250 salariés. Six de ses employés ont suivi ce type de formation avant d’être embauchés dans l’entreprise, dont le numéro deux.

Un emploi à la clé

Quentin.jpg« C’est un engagement car rien n’est facile. Il faut oublier le rythme scolaire et notamment les vacances, explique Quentin. Comme tout le monde, on est au boulot avec seulement cinq semaines de congés. L’avantage c’est que si tout se passe bien, on a un emploi à la clef. C’est vrai aussi que la rémunération peut motiver. Mais attention, ce n’est pas un salaire, on n’est pas indépendant financièrement. »

Le chemin de la réussite peut parfois sembler long. « Le tuteur doit être disponible et volontaire. En bac pro, le mien a été changé. Il ne voulait pas d’apprenti, ça c’est très mal passé, regrette Quentin. Il faut qu’il y ait un vrai contact entre le centre de formation et l’entreprise. » Pour Yves Fournier aussi, le choix du tuteur est primordial. Au-delà des savoirs professionnels, il peut transmettre « la maîtrise, la patience et toutes ces valeurs qui permettent d’évoluer et de grandir ».

Le culot ça paye

Trouver une entreprise est une difficulté à laquelle de nombreux futurs apprentis sont confrontés. Etienne Gazeau, inspecteur de l’Education nationale, insiste : « C’est au jeune de chercher et de trouver son entreprise. Ce n’est pas le rôle du CFA. Les centres d’informations et d’orientation ou le centre d’aide à la décision de la chambre des métiers sont prévus pour les accompagner. »

Certains, comme Quentin ont trouvé une botte secrète. Après avoir passé un mois à envoyer des lettres de motivation qui restaient toutes sans réponse, il change de méthode pour décrocher une première formation en alternance : « J’ai demandé directement à voir le responsable de l’entreprise. Depuis que j’utilise cette technique, un peu culottée, je n’ai jamais essuyé de refus. » Il a récidivé pour son BTS. Une semaine après son entretien, il quittait la région parisienne direction la région Centre. Pour faire le métier de ses rêves, il faut être prêt à se déplacer.

Sur un marché du travail concurrentiel, l’apprentissage est un moyen de se distinguer. Il représente une première expérience professionnelle qui en général fait défaut aux étudiants des filières classiques.

Texte et photos : Coralie BAUMARD