L'une est brune, plutôt introvertie. L'autre est blonde, souriante. Et comme la plupart des filles de leur âge elle arborent toutes deux jeans délavés et baskets. Christelle et Cassandra souffrent d’un léger handicap mental. Mais comme n'importe quel autre apprenti, elles partagent leur temps entre les cours et leur travail dans une société de nettoyage.

Elles font partie de la vingtaine de handicapés – parmi cent vingt apprentis – scolarisés à l’Institut national de l’hygiène et du nettoyage industriel (Inhni) de Tours. Elles ont ainsi accès à des cours de soutien grâce au partenariat passé entre l’Inhni et le centre de formation d’apprentis spécialisé (CFAS).  « Le centre de formation met en place un tutorat renforcé pour ces étudiants qui doivent être rassurés, explique la responsable pédagogique Martine Derouienau. Nous les aidons à s’organiser et nous les faisons travailler en petits groupes. Ils s’entraînent aux épreuves pratiques car ils en ont besoin. Nous organisons également leur accompagnement vers l’autonomie quand ils sont en entreprise. »

Mais le rôle de l'Inhni ne s'arrête pas là. L'institut cherche à sensibiliser les autres apprentis aux problèmes du handicap. Il a ainsi invité des athlètes handisports dans ses locaux. Au programme : des activités sportives, comme ce parcours en fauteuil lors duquel des obstacles ont permis aux valides de se rendre compte des difficultés de déplacement des personnes à mobilité réduite. « Cela a permis de lever les appréhensions de certains tout en améliorant le fonctionnement du groupe », a constaté Martine Derouienau.

Pas de problème avec les collègues

Cassandra, 19 ans, entame sa deuxième année au sein de cette entreprise. Après son brevet des collèges, elle s'inscrit dans un CAP vente qu’elle ne réussit pas à valider. Un échec à l’examen théorique qu'elle explique par l’absence des cours de soutien dont elle aurait eu besoin. Elle choisit alors d’intégrer un CAP hygiène et maintenance en apprentissage.

La jeune fille a trouvé seule son apprentissage après deux mois de recherche. Aujourd'hui, elle partage son temps entre le centre de formation et Onet services : trois semaines de théorie à l’Inhni, une semaine en immersion dans le monde du travail. Elle entretient de bonnes relations avec son maître d’apprentissage et n’a pas l’impression d’être traitée différemment par ses collègues. « Ils ont entre 30 et 40 ans. Je n’ai pas de problème avec eux. Peut-être que cela aurait été différent s’ils avaient été plus jeunes. »

Christelle.jpgComme Cassandra, Christelle, 25 ans (photo ci-contre), souhaitait approcher le monde de l’entreprise par l’apprentissage. Une voie qu'elle a découverte grâce au personnel de l'institut médico-éducatif (IME) qu'elle fréquentait au collège. A l'époque, elle était scolarisée en SEGPA, une section d’enseignement général et professionnel adapté. Après avoir obtenu un CAP à l’Inhni, elle est aujourd’hui en troisième année de bac pro hygiène et environnement. Elle alterne donc une semaine au CFA, une autre à Onet services.

Des jeunes en réussite

Le contrat d’apprentissage classique concerne les moins de 26 ans. Suivant le diplôme préparé, le contrat court sur un, deux ou trois ans. Pour les personnes handicapées, cette limite d’âge n’existe pas et le contrat peut être allongé d'un an. Lors de leur recherche d’entreprises, les jeunes peuvent être aidés. Des structures comme Cap emploi, qui accompagnent les demandeurs d’emplois reconnus travailleurs handicapés, possèdent une cellule apprentissage. « Ces jeunes ne sont pas victimes de discrimination à l’embauche. Plutôt d’une méconnaissance du handicap », analyse Amélie Audo, chargée de mission chez Cap emploi spécialisée dans l’apprentissage. En effet, la plupart de ceux qui lui sont envoyés souhaitent préparer un CAP. Or les grands groupes qui emploient souvent les handicapés, sont plutôt à la recherchent des BTS ou des bacs pro. « À l’inverse, les artisans qui ont vraiment cette culture de l’apprentissage et sont intéressés par des élèves de CAP, ont peur d'embaucher un handicapé. Il faut vraiment que le jeune soit accompagné par sa famille ou par une structure spécialisée. Nous leur expliquons que l'apprenti bénéficiera d’un accompagnement spécifique dans leur entreprise en cas de difficultés et qu’il n’y aura pas de différence avec un autre apprenti. »

Le fait est que les jeunes handicapés réussissent aussi bien que les autres à l’Inhni. Pour le CAP, diplôme où ils sont les plus nombreux, leur taux de réussite est de 100 %. Et aucun d'entre eux n’a jamais redoublé, déclare fièrement Martine Derouienau.

À la fin de son apprentissage, Cassandra espère être embauchée comme agent d’entretien chez Onet services. Pour Christelle, le chemin est déjà tout tracé : l’entreprise lui a proposé un CDI dès la fin de sa formation. Reste à savoir si elle obtiendra le poste de chef d’équipe.

Texte et photo : Coralie BAUMARD.