Le parcours d'un apprenti ne se termine pas toujours après l'obtention de son diplôme. Ainsi, son bac pro Commerce Europe décroché en juin dernier, Baptiste, 21 ans, a intégré en septembre le module Leonardo. Cet équivalent d’Erasmus permet aux diplômés d’une formation professionnelle de partir à l’étranger au sein d’une entreprise. Avant le départ, ils suivent un programme particulier de cours intensifs d’anglais et une formation sur la culture de la région Centre. Une fois sur place, ils auront pour mission d'en promouvoir les atouts, par des cours d’œnologie, par exemple.

Pour postuler, une condition : avoir obtenu son diplôme sans avoir rompu son contrat avec son entreprise d’alternance. Tous les niveaux de formations peuvent y prétendre : aux côtés de Baptiste, quinze personnes ont été sélectionnées sur dossier - CAP, BEP, BTS et bac pro – et se sont envolées pour d'autres pays. Mais les destinations diffèrent selon le cursus. Au CFA des Douets, à Tours Nord, où Baptiste a préparé son diplôme, les apprentis en commerce et vente ont le choix entre l'Espagne ou l'Irlande. Les apprentis ascensoristes bénéficient, eux, d’un accord avec la Suède. Pour Baptiste, cela a été Dublin. L'espagnol n'a jamais été son fort et il souhaitait profiter de cette opportunité pour polir son anglais. "La bière et les plaines verdoyantes" y sont aussi pour quelque chose.

Un programme aux avantages multiples

Leonardo est financé par la région Centre, l’Europe et les Assedic. Les formalités sont simplifiées : des professeurs vont sur place démarcher les entreprises pour les étudiants. Le projet permet également de choisir un corps de métier différent du diplôme préparé. Ainsi, Baptiste ne travaillera pas dans la vente, mais à la réception d’une auberge de jeunesse, à Dublin. À la fin du séjour, il obtiendra un Europass, un certificat, reconnu dans trente et un pays européen, qui atteste du niveau de formation, du parcours et des compétences professionnelles et linguistiques. Une sorte de CV européen officiel, en somme.

Son passage au CFA aura énormément apporté à Baptiste. Rien pourtant ne semblait l'y destiner. En 2006, à 15 ans, il entre en seconde générale au lycée Balzac de Tours. Il continue en première S, qu’il abandonne en milieu d’année : les cours ne lui plaisent pas, le système scolaire traditionnel ne lui convient plus. Il veut vivre autre chose, travailler de ses mains, dans un autre milieu. Plus facile à dire qu'à faire. Passionné de musique, il passe des mois à la recherche d'un apprentissage en lutherie, allant jusqu’à visiter une école spécialisée au Mans. Mais rien à faire, le secteur est bouché, les luthiers ne cherchent pas à former.

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Il se tourne alors vers la vente. Mais le parcours n'est pas plus simple. Après huit mois de recherche, il trouve enfin un apprentissage dans le cadre d’un BEP Vente action marchande. Malheureusement, l’entreprise qui le forme met la clé sous la porte deux mois plus tard et Baptiste se retrouve à la case départ. Ce sont encore de pénibles mois de démarchage.

Grâce à une liste fournie par la Chambre des métiers de Tours, il finit par trouver un apprentissage pour préparer son bac pro Commerce Europe, en août 2009 et une place dans une boutique de jeux de société. Ce cursus lui permet de terminer en parallèle le BEP qu’il avait entrepris l’année précédente. Inscrit en candidat libre, il l’obtient en 2010. Pourquoi ce choix ? Parce que, selon le jeune homme, le BEP se concentre essentiellement sur la vente, alors que le bac pro fournit des outils pour gérer une petite boutique. Il décroche brillamment son bac en juin 2012, avec les meilleurs résultats de l’académie Orléans-Tours.

"Je commence à manger mes mots, comme les locaux"

Malgré ses deux diplômes, Baptiste estime ne pas avoir fini sa formation « scolaire ». Il a donc saisi l'opportunité de participer au projet Leonardo pour s'accorder une pause, avant de reprendre les cours. BTS ou école de pub, il hésite encore. En attendant, il se construit un bagage culturel en Irlande et y améliore son anglais. Deux semaines après son arrivée sur place, il reconnaît avoir déjà acquis des tics de langage propres aux Irlandais. Les gens sont accueillants et les rues plus propres qu'il ne s'y attendait. La nourriture et la bière ne sont pas données, à sa plus grande surprise. À l'inverse, les vêtements sont vraiment bon marché et il a refait sa garde robe, lui qui pourtant n'y prête pas grande attention.