Portrait Pierre BottonChaque lutte ravive le souvenir douloureux de votre détention, vous avez envie de tourner la page ?
Ma détention a eu lieu il y a dix-sept ans, mais le souvenir reste vif. A chaque fois, je rappelle que mes enfants ont un père qui est allé en détention, je rappelle que j'ai commis des fautes et ce n'est pas facile dans la vie économique. Aujourd'hui, nous avons fédéré tellement de gens autour de nous qu'il n'y a plus besoin de mon terrorisme médiatique entre guillemets. A partir du 1er juillet 2013, c'est Fabienne Servan-Shreiber qui prendra le relais des Prisons du Coeur et moi je serai toujours là, comme le vieux con qu'on sort de temps en temps pour rappeler l'histoire de notre action.

À Saint-Julien-sur-Suran, dans le Jura, vous avez proposé la construction d'une prison sans barreaux de 120 détenus. Y a-t-il eu des réticences ?
Le projet a été mis en attente après un référendum local. En effet, près de 54 % des villageois ont dit non. C'est normal. En France, personne ne veut d’une prison près de chez lui, même d'un nouveau genre. J'ai proposé que la nuit, les détenus dorment dans des petits chalets individuels et que le jour, ils travaillent dans un centre commercial ouvert au public. Il faut pousser le bouchon très loin pour espérer obtenir un minimum.


Jusqu’à proposer des projets qui peuvent sembler farfelus ?
Je reconnais que l'idée de créer un musée de la pénitentiaire au cœur de la Santé - la plus vieille maison d’arrêt de France - est utopique. Mais le plus important est de jouer le rôle d’aiguillon, de relancer le débat. Par exemple, j'ai proposé l'idée d'un centre de semi-liberté à l’envers. Pour préserver les relations familiales, le détenu dort chez lui, mais il doit obligatoirement être présent au centre de 8 heures à 17 heures, pour travailler. Sur place, il est surveillé, soigné pour ses addictions, etc.


L’état des Baumettes, tel qu'il a été dénoncé en décembre 2012, est-il représentatif de celui de toutes les maisons d’arrêt françaises ?
Les plus anciennes ressemblent beaucoup aux Baumettes et, à cause de la surpopulation, les nouvelles commencent à se dégrader. Le 31 janvier dernier, j'ai déposé un projet de loi à l’Assemblée nationale sur la transparence des établissements pénitentiaires.



Pierre Botton : une meilleure transparence des... par asjtours

Texte, photo et vidéo : Julien LELOUP