GillesRouxelPortrait.jpgDepuis dix ans, dans la maison d'arrêt de Tours, les détenus peuvent rencontrer Gilles Rouxel, l'aumônier catholique, le vendredi et le samedi matin. Homme simple au regard doux, il est l'un des rares civils à posséder les clés des cellules. Il rencontre ceux qui le souhaitent dans une pièce à part, souvent un parloir, ou directement dans leur cellule. “C'est très important pour les détenus de me recevoir chez eux. Et je frappe toujours avant d'entrer, c'est une question de respect.” Il raconte que neuf fois sur dix, le détenu commence par lui avouer qu'il ne va jamais à la messe. Mais ce n'est pas important pour Gilles Rouxel, qui privilégie l’écoute et la discussion, tentant de restituer chez l'autre un semblant d'estime de soi. Les détenus, qui n'ont pas facilement accès à un psychologue, ont souvent besoin de parler. Certains n'ont pas de famille, pas d'argent et, à part l'aumônier, personne ne vient les voir. Une situation qu'ils supportent très difficilement et qui pourrait mal tourner : “De nombreux détenus me disent que, sans mon intervention, ils auraient fait une connerie.

HamidElArchi.jpgHamid El Archi a le physique rassurant des pères de famille nombreuse. Il a d'ailleurs cinq enfants. Et sans doute ce physique l'aide-t-il quand il franchit les portes de la maison d'arrêt, chaque vendredi, pour y rencontrer les prisonniers musulmans. Il est l'un des rares imams acceptés en prison en France. Pourtant, il avance que ses coreligionnaires, parce qu'issus de milieux défavorisés, représenteraient près de la moitié des détenus. Le manque d'aumôniers musulmans est donc problématique.
Toutefois, son approche est très différente de celle de Gilles Rouxel. Il considère que son rôle est "avant tout spirituel” et qu'il n'a pas les compétences d'un psychologue. Il reçoit donc uniquement des groupes.“Mais je reste disponible si un détenu veut me parler, même si cela arrive rarement.” Dans la religion musulmane, la prison ne suffit pas à purger sa dette spirituelle. En effet, il faut avant tout regretter sincèrement, et c'est souvent ce genre de confidence que recueille l'imam.

Certains détenus participent  aux deux offices, catholique et musulman. Avant l'arrivée de l'imam, l'aumônier catholique apportait  des corans en prison, “la demande était très forte”. Besoin de sortir de sa cellule, d'être écouté, pardonné, d'avoir une activité avec un groupe qui partage des valeurs communes, sont autant de raisons qui font que les aumôniers restent indispensables.



Religion par asjtours
Laura BURATTI (texte et photos), Julien Leloup (video)