Après deux ans de négociations avec l’administration pénitentiaire de Châteaudun, Didier Cros a enfin pu filmer les parloirs, des lieux qui portent en réalité mal leur nom. On s'attend à des émotions fortes, mais ce documentaire ne transmet que les sentiments amers qu’éprouvent les détenus et leurs familles durant ces brèves rencontres. Dans Parloirs, le réalisateur a su choisir avec justesse des moments où l’on sent que, malgré l’amour, les mots ne passent pas. Comme lorsque ce père, incarcéré régulièrement depuis l’enfance de sa fille, renonce à rattraper avec elle le temps perdu. Ou quand cet homme ne veut pas entendre les difficultés que rencontre sa femme à l’extérieur. Le parloir apparaît comme un lieu où se heurtent deux univers étanches. L’apparent détachement des hommes est troublant, tel celui de ce père qui s’efface derrière le flot de paroles de sa femme.

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Les parloirs hebdomadaires ne parviennent pas à gommer
le sentiment de séparation des détenus et de leurs familles.
(Photo : Tous droits réservés)

Sans commentaire, seulement ponctué par la lecture du règlement intérieur du centre, le film est un récit de l’abnégation. Celle dont font preuve les femmes de détenus, capables de faire jusqu'à seize heures de train pour tenter de combler un « besoin de câlins », dans les bras d’un compagnon presque absent. Incapables de se résigner, elles supportent sans broncher les heures d'attente et la lourdeur des protocoles dans l’espoir de partager un court moment qui se révèlera, nécessairement, inabouti et frustrant.

Léa BOUQUEROT


Parloirs
, a été diffusé le 22 janvier sur France 2