What-s-Mine-Is-Yours-Botsman-Rachel-9780061963544.jpgLorsque qu’en 1975, Catherine Neressis et Patrick Jolly, excédés de payer des frais d’agence, ont créé le journal De particulier à particulier ils étaient loin de se douter que, trente ans plus tard, leur idée serait reprise et amplifiée. Car aujourd'hui, ils sont des millions de Français à, en quelques clics, louer la voiture ou l’appartement du voisin et à acheter des objets d’occasion sur leboncoin.fr ou autres. Un grand nombre de startups exploitent le filon. Certaines sont devenues des mastodontes en faisant commerce du partage et de l’échange. Si bien que la journaliste Rachel Botsman, auteure de la bible des consommateurs collaboratifs, What's Mine Is Yours, voit dans le développement de l’économie collaborative la troisième révolution industrielle.

Surfant sur la vague des idéaux des écolos ou des décroissants, ces entreprises offrent cependant des garanties à leur client. Gestion des transactions, évaluation des adhérents, assurances ou protections juridiques sont autant de services proposés qui rassurent les internautes. C’est le cas de la société Drivy. Spécialisée dans la location de voitures entre particuliers, elle connaît un succès grandissant depuis qu’elle inclut une assurance. Créée il y a à peine deux ans, la startup termine l’année 2012 avec un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros, en proposant des prix 30 à 40 % moins cher que les loueurs habituels. Autre concurrent pour qui tout roule, covoiturage.fr qui a transporté l’équivalent en passagers de plus de mille TGV, rien que pendant les fêtes de fin d’année.

De nouveaux marchés

Les entreprises traditionnelles sont encore à la traîne dans le secteur de l’économie collaborative. Elles vont devoir intégrer ces nouveaux modes de consommation si elles ne veulent pas rater le coche et perdre trop de parts de marché », analyse Philippe Moati, le président de l’Obsoco. Une inquiétude que balaye Romain Gilbert, responsable de la communication chez Drivy. « L’économie collaborative crée de nouveaux marchés. Pour le moment, nous ne faisons pas concurrence au secteur traditionnel. »

IMG_5532.JPG

Décathlon, à sa façon, se met à l'économie collaborative en organisant le Trocathlon.

Face à l’ampleur du phénomène, les entreprises classiques, soucieuses de leur chiffre d’affaires, passent néanmoins la seconde. Ainsi BMW, imité par Volkswagen, Peugeot et Citroën s’est, à son tour, lancé dans l’autopartage. À leur façon, d’autres enseignes leur emboitent le pas. Deux fois par an, Décathlon organise le Trocathlon Les clients y ramènent leur vieux matériel de sport que le magasin se chargera de le revendre. Certes, il ne prend aucune commission, mais les clients-vendeurs sont rétribués en chèques cadeaux. Lorsqu’ils les dépensent, ils en sont généralement de quelques euros de leur poche. S’ils n’oublient pas complètement de dépenser leur avoir avant la date limite. Un bénéfice net pour les caisses de l’enseigne. De son côté, Castorama a lancé Troc’heures> un site où les internautes s’échangent des heures de bricolage. Selon le groupe, « c’est un service rendu, sans aucune contrepartie ». Mais pour se rencontrer, passage obligatoire par l’un de ses magasins. L’occasion parfaite pour les dernières courses d’appoint avec son nouvel ami bricoleur. Et de l’aveu même du responsable du projet, Nelson Oliveira, « c’est surtout bon pour l’image. »

"Le phénomène va s'amplifier"

Pour Antonin Léonard, fondateur de Ouishare un site entièrement dédié à l’économie du partage, le phénomène va s’amplifier: « Ces deux types d’économies sont vouées à se rencontrer. Chez Drivy, on estime que « si les gens se mettent à partager, la société dans son ensemble va être transformée. On produira moins, de façon plus durable et cela aura un impact sur l’économie. »

Si les entreprises classiques se lancent dans la consommation collaborative, Philippe Moati estime qu’« elles auront les moyens économiques et logistiques de structurer et de solidifier ce secteur émergent. » À l’en croire, l’implication des grands distributeurs ne supposerait pas forcément une perte des valeurs collaboratives. Toutefois, l’économiste remarque que, pour les consommateurs, le partage et l’écologie sont secondaires. « Le consommateur est avant tout pragmatique. Il va vers ces formes de consommation parce qu’il y trouve son compte : c’est ludique, moins cher et plus pratique. Si les acteurs marchands sont capables d’apporter une vraie valeur ajoutée, ça fonctionnera. » L’engagement de la grande distribution pourrait alors constituer un formidable levier pour développer et promouvoir l’économie collaborative.

R. Besançon, C. Drouet, M.-A. Le Berre