ouishare.jpg Ouishare est un site internet participatif dédié à l’économie collaborative. Antonin Léonard, son cofondateur, est persuadé que « les acteurs de l'économie classique devront se mettre au collaboratif ». Et que ce dernier aura des effets vertueux. 

La consommation collaborative fait-elle concurrence aux entreprises dites traditionnelles ?

C’est une évidence. Toutefois, les secteurs traditionnels ne seront en danger que s’ils n’évoluent pas. Je suis convaincu que les acteurs de l’économie classique vont se mettre au collaboratif. La frontière va devenir de plus en plus floue. Pour le moment, l’économie collaborative crée de nouveaux marchés. Mais avec la croissance exponentielle qu’elle connaît, des secteurs tels que le covoiturage pourraient à terme concurrencer les entreprises traditionnelles.

Si les grands groupes se lancent dans le collaboratif, ne risquent-ils pas de le dénaturer?

Ce sera le cas s’ils se servent du collaboratif comme d’un outil de communication, si le partage devient un phénomène de mode comme le développement durable. Beaucoup vantent les vertus écologiques de leurs entreprises, mais peu font réellement quelque chose pour la planète. Cependant, il ne faut pas avoir peur d’une récupération. La consommation collaborative est plutôt vertueuse, c’est donc une bonne chose si elle se développe à grande échelle. Optimiser davantage les ressources peut permettre aux grands groupes de dépasser la logique d’obsolescence programmée qu’impose leur marketing depuis des années.

Bercy vient de commander un rapport sur la consommation collaborative. L’État a-t-il un rôle à jouer ?

L’État doit étudier ces innovations pour en comprendre les effets au niveau économique et environnemental. Culturellement, le mouvement est massif. Il faut donc engager un dialogue. L’État doit accompagner les acteurs de l’économie traditionnelle pour leur permettre d’intégrer le collaboratif à leur logique commerciale. J’espère qu’il soutiendra l’économie collaborative par des politiques d’investissement et qu’il communiquera sur les atouts de ce type de consommation. Si dans un principe d’égalité, l’État veut taxer la consommation collaborative, d’accord. Mais dans ce cas, il faut asseoir autour d’une table tous les acteurs de l’économie et lancer une étude un tant soit peu ambitieuse. Penser que ce type de consommation nuit aux recettes de l’État, c’est trop simpliste. Le collaboratif change le rapport entre l’économie et l’humain. Aujourd’hui, les humains sont au service de l’économie, il faudrait que l’économie soit au service de l’humain. C’est dans ce sens qu’il faut avancer. Tous ensemble.

Recueilli par C. Drouet