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« Dieu est mort », la célèbre formule de Friedrich Nietzsche a été transformée en Dieu se meurt par le « désenchantement du monde » déploré par Max Weber. Pour autant s’il est vrai que la société française se sécularise année après année, il n’en demeure pas moins que la tradition catholique conserve une prégnance au sein de l’éducation par le biais des écoles confessionnelles. La lettre du secrétaire général de l’Enseignement catholique, Éric Mirieu de Labarre, du 12 décembre 2012 appelant les 8 500 écoles catholiques à prendre des « initiatives » dans le débat sur le mariage pour tous en est l’illustration. Dans ce même courrier il énonçait son désaccord avec le projet de loi. Pourtant, depuis les colossales manifestations de 1984, l’organisation était restée discrète au sein de l’espace public. Mais au-delà des déclarations, il faut aussi regarder les principes qui régissent les établissements catholiques : on se rend alors compte que la référence religieuse n’a pas disparu et occupe même une part importante.

« L'école catholique est un lieu d'évangélisation »

L’Enseignement catholique chapeaute l’ensemble des écoles catholiques françaises sous contrat avec l’État et établit les principes généraux de leur fonctionnement. Cependant, elle n’a pas directement la main sur ces établissements. Cette prérogatives revient aux évêques qui mandatent des autorités de tutelles diocésaines ou congréganistes assistées de conseils de tutelle.
Ces deux autorités sont garantes « de l’authenticité évangélique du projet éducatif» devant l’évêque de leur région. Évidemment, les statuts mentionnent l’obligation législative de dispenser un enseignement en accord avec les programmes de l’éducation nationale et la loi Michel Debré de 1959 leur permet d’organiser, en dehors des heures de cours, des enseignements religieux. Mais à la lecture des statuts l’objectif confessionnel de ses établissements, financés à hauteur de 7 milliards d’euros pour l’année 2013 par l’État, est sans ambages : « L’École catholique est [...] un lieu d’évangélisation, d’authentique apostolat, d’action pastorale, non par le moyen d’activités complémentaires, parallèles ou parascolaires, mais par la nature même de son action directement orientée à l’éducation de la personnalité chrétienne. »
Le moins que l’on puisse dire est qu’il y a césure entre la loi et ces statuts, divergence qui s’accentue d’autant plus lorsque le préambule du statut affirme que la finalité de l’éducation catholique est de préparer les jeunes « à devenir des sujets actifs qui prennent part à l’évangélisation et à la rénovation sociale ».

La charge de certains évêques

Cependant, la réalité montre une grande diversité dans l’application de ces préceptes et certains collèges ou lycées sont semblable aux écoles républicaines. Il n’en demeure pas moins que les statuts adoptés par l’organisation sont équivoques. Ils prônent  l’apprentissage de la science, de la culture en accord avec les programmes de l’éducation nationale et dans le même temps ils précisent que : « Le projet éducatif se réfère explicitement à l’Évangile et à l’enseignement de l’Église catholique ». Il est certain que ces deux affirmations risquent de s’entrechoquer lorsque par exemple des élèves vont aborder l’éducation sexuelle.
Les statuts sont actuellement reformulés, avec une volonté d’accentuer la tutelle du religieux à en croire le journal La Croix : « Si certains ne cachent pas leur volonté de jouer un plus grand rôle dans la nomination des directeurs d’établissement, pour d’autres, il s’agit simplement de lutter contre "une sorte d’enseignement libre au sein de l’enseignement catholique, qui échappe à tout contrôle, à toute tutelle", explique un évêque. » Pour Bruno Poucet historien de l’éducation « qui d’autre que l’école peut porter le message catholique aujourd’hui, quand les églises se vident ? ».
Les interventions du secrétaire général de l’enseignement catholique, Éric Mirieu de Labarre, dont le mandat arrive à échéance, ne semble donc pas simplement de circonstance mais en accord avec une longue tentative de l’Église catholique de rechristianiser l’école même si les apparences sont parfois trompeuses.

T. L. B. (Photo EPJT)