DSC_0053R1_-_Copie.jpgDécidément, l’avion n’est pas l’ami des écologistes. De Notre-dame-des-Landes à Roissy-Charles-de-Gaulle, les défenseurs de l’environnement l’empêchent de voler en rond. Pierre-Emmanuel Neurhor fait partie de ceux qui n’hésitent plus à transgresser la loi pour faire entendre leurs idées. « J’ai 44 ans et vingt-cinq ans de militantisme derrière moi. Je ne m’étais jamais aussi clairement battu de ma vie, de manière non-violente. » Un engagement qui l’a mené à la case prison. Deux mois à la Santé pour s’être inquiété de celle du climat. « Une expérience très dure », reconnaît le militant, la voie encore teintée d’émotion. Une incarcération qui lui a valu,  par l’un de ses proches, le qualificatif de «premier détenu climatique ». Hormis quelques tours de piste au Supplément de Canal+ et dans les journaux, une page Facebook, le buzz a été limité. La cause est inaudible et ne semble pas pouvoir dépasser le mur du son.

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Pierre-Emmanuel Neurhor boit un chocolat. Un de ces plaisirs minuscules qui lui ont tant manqué en prison. Il explique son combat. « Pour prendre un exemple dans l’histoire, toute chose étant égale par ailleurs, j’avais cette image de quelqu’un qui savait, en 1944, que le dernier train pour Auschwitz partait de la gare de l’Est avec des gens dedans, il connaît l’heure de départ et le trajet et il reste tranquille dans mon fauteuil ? Ce n’est pas possible. »

Méthode Coué

Salarié de Greenpeace jusqu’en 1997, il fonde et dirige le Centre national d’information indépendante sur les déchets. Il est maintenant à la tête du parti de la Résistance. « Ce qui le rend moins seul et moins isolé qu’on voudrait le faire croire », précise le site du mouvement. Une affirmation qui fleure la méthode Coué. Pierre-Emmanuel Neurhor reconnaît qu’il jouit d’un bon soutien moral : 1 278 personnes ont signé la lettre ouverte à La Garde des Sceaux Christiane Taubira. Mais l’appel aux dons, pourtant en bonne place sur le site, ne mobilise pas les foules. Sans emploi, endetté de 25 000 euros à cause des amendes et des frais d’avocats – sans compter d’autres condamnations à venir –, Pierre-Emmanuel espère un soutien financier.

« C’est un cinglé, mais dans ce monde de tarés, il n'y en a jamais assez. » Le journaliste Fabrice Nicolino a bien connu Pierre-Emmanuel Neurhor. En octobre il écrivait dans Charlie Hebdo : « Il avait les yeux et la voix de celui qui ne lâche pas. Il n’est visiblement pas du genre à lâcher. » 

P. R. (texte, photo et son)