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Il ne paye pas de mine, cet immeuble de bureaux, planté en plein coeur de Neuilly-sur-Seine. Gris, coincé entre une bouche de métro et un vendeur de kebabs, on a tendance à passer devant sans même le remarquer. Pourtant, c’est ici qu’est né Video Gamer en décembre 2012. Ce mensuel, qui présente « le meilleur du jeu vidéo » sur presque cent pages, caracole aujourd’hui en tête des ventes des magazines spécialisés dans le domaine, avec ses 28 000 lecteurs. Un chiffre qui ne cesse d’augmenter.

Derrière ce succès, il y a avant tout un homme, Laurent Deheppe, le rédacteur en chef du magazine. Ce quadragénaire n’en est pas à son coup d’essai : rédacteur en chef chez Playstation magazine puis chez Joystick, rédacteur chez Joypad, collaborateur chez d’autres… il a fait partie de toutes les équipes et a assisté à tous les naufrages. « A l’origine, le jeu vidéo, ce n’était pas du tout mon truc, affirme-t-il pourtant. Je ne voulais même pas devenir journaliste : j’ai fait des études de cinéma, pour devenir assistant réalisateur. Je me suis retrouvé journaliste pour un canard automobile. Un jour, j’ai écrit un test d’un jeu de course, pour un autre magazine. Ça leur a plu, ils m’ont gardé. »

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On prend les mêmes et on recommence

Pour constituer son équipe, Laurent Deheppe a été chercher des journalistes aguerris qui étaient déjà, comme lui, passés par différents magazines de jeu vidéo. Tous les rédacteurs ont fait leurs armes chez Joypad, chez Joystick ou encore chez Playstation magazine. Et comme Laurent, la plupart n’envisageaient pas de faire carrière dans le journalisme. « Christophe Collet était avocat militaire avant d’arriver chez Joystick. Il a fini rédacteur en chef. Aujourd’hui, c’est mon bras droit », raconte Laurent. Résultat ? Une équipe de vieux loups de mer qui connaissent leur sujet sur le bout des doigts. « Au fil des années, chacun a pu se spécialiser. Par exemple, Hung Nguyen est notre spécialiste des jeux de sport. Avant, il était testeur chez Consoles +. »

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Tous les rédacteurs sont pigistes. Video Gamer se construit essentiellement grâce à ses trois piliers, Amélie Boulard, secrétaire de rédaction, Richard El Mestiri, maquettiste, et Laurent. Tous trois se connaissent depuis plus de cinq ans et ont déjà travaillé ensemble, à maintes reprises, quand M.E.R.7 existait encore sous le nom de Yellow Media. « Video Gamer, c’est vraiment un magazine produit par une bande de potes, explique « Richou », entre deux détourages. Les bouclages, c’est souvent chez Laurent et avec du rosé. »

Consanguinité

« Travailler dans la bonne humeur, c’est vrai que ça nous change, raconte Amélie. Chez Yellow Media, on était quinze par bureau. Les secrétaires de rédaction étaient alignés derrière un bureau, on se sentait vraiment comme des poulets en batterie. » Chez Video Gamer, les blagues fusent de part et d’autre du large bureau où travaillent les trois compères. Et la pause « café-clope » est une institution. L’âge des journalistes se situe entre 35 et 50 ans. Laurent n’a pas voulu embaucher de nouvelles têtes. « Il y a déjà tellement de journalistes expérimentés qui cherchent du travail ! Pourquoi irais-je embaucher un petit jeune, sans expérience ni carnet d’adresses, que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam ? »

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Le manque d’expérience et de relations n’est pas le seul problème. Selon Laurent, les jeunes journalistes spécialisés dans le domaine du jeu vidéo ne seraient plus capables d’écrire de vrais articles destinés à la presse écrite. « Ils savent jouer, ça, c’est sûr, explique Amélie. Mais quand il s’agit d’écrire un dossier de douze pages, il n’y a plus personne. » Richard, Laurent et Amélie sont tous les trois du même avis : pour un jeune, se faire un nom dans la presse de jeu vidéo est extrêmement difficile. En décembre 2012, Usul, chroniqueur chez Jeuxvideo.com expliquait que, selon lui, « le jeu vidéo est un milieu consanguin ».

Amélie et Richard ne travaillent sur Video Gamer que quinze jours par mois. « Le reste du temps, Richard et moi, on fait des piges, explique Amélie. Moi, je suis souvent demandée par les magazines féminins. Et je préfère réécrire des tests de crèmes de jour que des tests de jeu », ajoute-t-elle en riant. Laurent attend en effet que Video Gamer fête son premier anniversaire pour embaucher certains rédacteurs à plein temps. « Mais on y arrivera. C’est sûr, on y arrivera », affirment-ils tous les trois.

Apolline Henry