Photo_Herve__Gue_rin__2_.jpgS’il y a si peu d’émissions de vulgarisation scientifique à la télévision, est-ce à cause d’une frilosité des diffuseurs ?

Hervé Guérin. La plupart des documentaires sont diffusés sur les chaînes de service public, essentiellement sur Arte et France 5. Sur celle-ci, les domaines de la science, de la santé et de l’environnement représentent tout de même entre vingt-six et trente heures par semaine, ce n’est pas rien. Et puis, avec la multiplication du nombre de chaînes, il faut relativiser les chiffres de l’Audimat, leur redonner une valeur. Je suis sensible à l’audience, c’est forcément important. Lorsqu’un programme touche cent quatre-vingt mille personnes, c’est peu par rapport aux audiences de TF1, mais est-ce pour autant un bide ? Il est incontestable que les chaînes restent frileuses car la science à la télévision est un pari risqué. Je suis obligé de suivre l’actualité des sciences dans mon métier. Mais comme je suis au courant des dernières avancées, on croit souvent que je suis déconnecté des attentes du public. Quand je dis qu’un sujet va toucher les gens, on ne me croit pas toujours.

Pensez-vous que la science et le divertissement soient compatibles à la télévision ?

H. G. Nous sommes entrés dans une époque de la télévision où l’attention et l’effort sont devenus incompatibles avec le divertissement. C’est une notion qui disparaît. Le temps d’attention moyen d’un téléspectateur est de six minutes environ. C’est très court pour l’accrocher. Pourtant, je reste persuadé que l’effort peut mener au plaisir. Je m’adresse à des gens qui sont spontanément curieux et sensibles à un discours construit. Quand on regarde un polar, on ne comprend pas tout dès les cinq premières minutes. Mais on sait que l’on va comprendre l’intrigue au fur et à mesure et c’est cela qui accroche l’attention. Malheureusement, c’est une mécanique qui disparaît à la télévision. Nous sommes dans l’ère du zapping. Les gens changent de chaîne en permanence, sans faire l’effort de se concentrer. Je trouve dommage que ce soit la technologie qui modifie nos modes de vie, sans que l’on ne la remette jamais en cause. À l’origine, la télécommande a été inventée pour les infirmes qui ne pouvaient pas se lever. De là à penser que finalement c’est la zapette qui a créé des infirmes, il n’y a qu’un pas.

L’information devrait être accessible à tous. Finalement, est-ce que la science, ça se mérite ?

H. G. Je me pose cette question tous les jours. Je pense que la science est accessible à tous, mais pas sans efforts. Pour certains sujets trop complexes, il est impossible de rendre ça amusant. Ce n’est pas parce que le sujet est compliqué qu’il faut simplifier à l’extrême. Je m’acharne à avoir une pensée complexe. Je suis sûr qu’on peut rendre un sujet accessible sans pour autant perdre de sa véracité scientifique. Mais il y a à mon avis une vraie méconnaissance de ce qu’est la démarche scientifique. J’ai entendu un jour un chercheur utiliser cette métaphore : la connaissance, c’est comme un ballon et l’espace autour c’est l’inconnu. Plus le volume des connaissances augmente et plus la surface de contact avec l’inconnu est grand. Il ne faut pas fuir la complexité mais prendre le temps de l’expliquer simplement.

Recueilli par L. B.
Photo Nathlie GUYON/FTV France 5