Faculte_de_droit__eco__et_sc_soc_de_Tours.jpgÉric-Alain Zoukoua est maître de conférence en sciences de gestion à l'université François-Rabelais de Tours (photo). Le 17 décembre 2013, il est intervenu lors d'une rencontre qui réunissait des étudiants en gestion ou en marketing et des chefs d'entreprises. Il revient sur les points-clés du financement participatif.

On compte désormais une cinquantaine de plateformes de crowdfunding  en France : MyMajorCompany ; Ulule ; KissKissBankBank ; NotrePetiteEntreprise.com… S'agit-il d'un phénomène de niche ou d'une alternative de financement crédible pour tout projet entrepreunarial?

Éric-Alain Zoukoua. C'est une alternative aux autres moyens de financement. Mais il n'a pas vocation à les remplacer. Il est adapté aux projets émergents et risqués que les banques ne veulent pas soutenir d'emblée. Si le projet marche avec un financement participatif alors les banques s'engageront. En phase de développement du projet , les banques répondront favorablement. Mais l'appel au crowdfunding est quelques fois aussi un choix du porteur de projet qui tourne le dos aux banques et à l'establishment financier pour des raisons d'éthique et de militantisme. Ainsi, par exemple, le cinéaste Spike Lee a lancé un appel à financement par crowdfunding alors qu'il aurait pu se tourner vers les banques. Il a ainsi rassemblé exactement 995 200 euros par l'intermédiaire du site Kickstarter, afin de financer son prochain long-métrage.

Les appels de fonds qui passent par ces plateformes correspondent souvent à des petits montants et les porteurs sont souvent des TPE (très petites entreprises). Doit-on en conclure que le financement participatif est incompatible avec des gros projets qui réclament, eux, des mises de fonds importantes. Est-il réservé aux micro-entreprises ?

E.-A. Z. On a vu aux États-Unis que le Crowdfunding pouvait financer de gros projets. Mais le plus souvent, ce financement sert à la phase d'amorçage. Il y a de nombreux types de Crowdfunding. On peut les différencier en étudiant les contreparties qui reviennent aux donateurs. S'il y a absence de contrepartie, on est dans le don, la démarche philanthropique. Si on reçoit quelque chose, on est dans le pré-achat. Le donateur recevra le bien consommable promis. Si ce sont des contreparties financières, on est dans le micro-crédit, dans la levée de fonds
.

Comment les banques perçoivent-elles ce phénomène?
E.-A. Z. Les banques en particulier les banques mutualistes commencent à s'intéresser à ce mode de financement et les plus classiques vont y venir. Le crowdfunding véhicule des valeurs qui séduisent et les établissements financiers sont opportunistes.


Quelles sont les conditions à la réussite d'un financement par Crowdfunding ?
E.-A. Z. Il faut que le projet soit clair et précis pour toucher le potentiel donateur. Il faut choisir la bonne plateforme et accompagner son projet d'actions de communication et de marketing. Il faut en somme créer le buzz et provoquer un choc émotionnel. Le crowdfunding touche en général d'abord le cercle des parents, celui des amis et ensuite celui des communautés. On parle des trois C (cousins, copains, communautés). On est dans le lien affectif, le lovemoney.

L'article 1 de la loi du 2 janvier 2014 relative à la simplification de la vie des entreprises prévoit de favoriser le développement du financement participatif dans des conditions sécurisées. Cela traduit-il des dérives possibles de ce mode de financement, comme des abus ou des arnaques?
E.-A. Z. Que l'État se soucie du crowdfunding est une bonne chose dans la mesure où il s'agit d'éviter les abus et notamment l'exercice d'une activité bancaire dissimulée. Par contre, il ne faut pas un excès de réglementation. Il faut simplement que les obligations et les devoirs de chaque partenaire soient connus et respectés.

Recueilli par Jean-Pierre GREVEZ

photo : CC Guillaume70

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