Marche_fleurs.jpgLe mercredi et le samedi, le boulevard Béranger prend des couleurs. Depuis 1856, fleurs et arbustes en tout genre viennent décorer cette grande artère de la ville de Tours. C'est dire que le marché aux fleurs est une tradition. Mais depuis quelques années, il est en perte de vitesse. Marc Barberon, chargé des marchés à Tours, reconnaît que la situation « est devenue compliquée. Il y a vingt-cinq ans, l’avenue était bondée. Ce n’est plus le cas aujourd’hui ». La Maison Courteau, présente depuis trente-cinq ans, confirme que « d’année en année, la chute des ventes est nette ».

Ces jours là, en plein centre de la ville s'installent horticulteurs, pépiniéristes et fleuristes de toute la région. Tous reconnaissent exercer des « métiers de passion mais difficiles », que ni la crise ni la hausse de la TVA à 10 % n’ont aidés. Parmi ces amoureux des fleurs, ce sont les producteurs-revendeurs qui ont les plus mal en point.

Un crise que Marie Sainson a dû affronter. Fidèle depuis trente-sept ans au grand boulevard, cette ancienne productrice est aujourd’hui artisan-fleuriste. «  J’ai dû évoluer, affirme t-elle. Tous ceux qui continuent à produire en petite quantité sont en train de partir. Il n'en reste que deux ou trois. C’est trop difficile. »

Parmi ceux qui restent, la maison d'horticulture Couratin & Fils. Frédéric, qui a repris en 1999 l’affaire que son père avait lancé en 1970, ne cesse de le constater . « En plus, ajoute-t-il, les rares jeunes qui s’installent ne font plus les marchés mais vendent directement sur leurs lieux de production et ceux qui arrêtent ne sont pas remplacés. Un jour, il n y aura ici plus de producteurs, que des vendeurs. » Si lui est un passionné pour qui continuer est presque une obligation, il énumère cependant les difficultés rencontrées : « On ne compte pas les heures de travail, week-end compris. Les conditions climatiques sont difficiles. Les gens n’ont pas conscience de ce que cela représente. » Et de s'interroger : « Je ne sais pas si je vais continuer à faire quatre marchés par semaine. Je pense de plus en plus à une vente sur place. » 

Les fleurs, ce produit de luxe

Le marché aux fleurs a également suivi l'évolution des modes de vie. Acheter des fleurs est devenu un luxe et non plus un plaisir. Même s’il est vrai qu’une bonne météo ou certaines périodes festives jouent favorablement sur les ventes, il est difficile d'imaginer ne vivre que grâce aux fêtes. Alors chacun s’adapte. Travailler plus, refuser d’embaucher sur le long terme pour assurer la survie de l’entreprise ou faire le choix des proches. C'est ce qu'ont  fait les membres de la Maison Courteau par exemple. « Nous vivons de notre entreprise parce que nous travaillons en famille. Nous ne comptons pas nos heures et nous faisons dix marchés par semaine. Mais même avec cet investissement, nous ne gagnons plus autant que ce qu'autrefois. »

Les fleurs elles aussi subissent la mondialisation. La majorité d'entre elles vient des Pays-Bas, du Kenya ou encore d’Israël pour satisfaire les besoins de la clientèle. Du sud de l’Italie et d’Espagne également, surtout en hiver. Là-bas, les serres ont moins besoin d’être chauffées. Un économie non négligeable étant donné le prix du fioul aujourd’hui. Une minorité est encore produite en France, dans le Midi ou dans le Maine-et-Loire. 

Boulevard Béranger, beaucoup de choses ont changé et les passionnés le savent. L'esprit bon enfant du marché tend à disparaître. Les gens sont « moins chaleureux qu’avant, regrette Marie Saison. Ils sont pressés et le plaisir n’est plus le même ». De la main, elle montre les passants : « Vous les voyez rire, vous ? »

M. L. et J. M.

Photo : Agence départementale du tourisme de Touraine.