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Autrefois, les glaneurs ramassaient les épis de blés restés sur le sol après la moisson. Aujourd’hui, ils passent en revue les bennes et les poubelles. Fouiller, trier, ramasser les aliments périmés, gâtés, récoltés mais abîmés et donc invendables, tel est le lot de ces justiciers de l’antigaspillage alimentaire. Une aventure se transforme souvent en chasse au trésor. Déchétariens ou glaneurs, ils sont portés par la même idéologie militante : le freeganisme. Autrement dit un régime alimentaire alternatif basé sur le tout à 0 euro.

A Lyon, les deux copains à l’origine du mouvement les Gars-Pilleurs ont récupéré et distribué 230 kilos de nourriture en une seule journée. Ils piochent clandestinement dans les invendus des supermarchés, des boulangeries et des marchés pour remplir leurs frigos. Mais plus d’une centaine de kilos pour deux, c’est beaucoup. Alors ils redistribuent à ceux qui passent et qui veulent. Ils ne visent pas les plus démunis, ne s’improvisent pas Secours Populaire, mais veulent sensibiliser au gaspillage alimentaire. Leur message : « Redéfinissons les pratiques d’achats, dirigeons-nous vers la sobriété, vers les circuits courts, les produits biologiques, les matières premières recyclables ».

Dans le documentaire de Marie-Pierre Raimbault, “Le Scandale du gaspillage alimentaire”, on découvre Jeanne la freegan, une étudiante en philosophie indignée par « l’image révoltante d’une poubelle pleine ». Elle juge sévèrement un « système de production responsable et organisateur »

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Antigaspillage, anticapitalisme et anticonsommation, « c’est une revendication personnelle et militante, un dégoût du gâchis et de la société de consommation », explique Hadrien Riffaut, sociologue et auteur de Glaneurs dans les villes. Il ajoute que c’est ”un mode de vie qui va à contre-courant de l’idéologie de masse ». Cependant, « les freegans ne constituent pas l’unique public du glanage. Les motivations sont souvent d’ordre économique. Cela devient parfois une nécessité pour manger à sa faim ».

A Lille, à Paris ou encore à Marseille, l’association la Tente des glaneurs redistribue gratuitement ce qu’elle récupère en fin de marché. Avec un double enjeu : dénoncer le gaspillage et aider les plus défavorisés. Pour Jean-Loup Lemaire, fondateur de la première Tente des glaneurs à Lille, tout part d’une aberration : « J’en avais marre de voir les gens faire les poubelles pour manger. » Quelques 84 tonnes ont été glanées et distribuées depuis 2010.

J. D., A. G., J. L.

Photos : Les Gars'Pilleurs CC




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