Nicolas Arquin, 32 ans, est passionné de sport. Et c'est cette passion qui l'a mené au crowdfunding et à la plate-forme Sponsorise.me. Le but de celle-ci ? Comme son nom l'indique, sponsoriser des sportifs. Le football squatte la majorité des projets « mais ça ne m’intéresse pas d’aider des sportifs qui ont déjà pas mal de sponsors et la fédération derrière », précise-t-il. Il préfère privilégier « ceux qui en ont vraiment besoin pour financer leur saison ». Comme la skieuse Sandrine Aubert, évincée des groupes fédéraux en 2013 à cause de performances en berne.

blog1.jpgRassembler une communauté de soutien pour financer un projet est aussi une occasion inouïe pour un sportif de faire parler de lui. Ainsi, c'est grâce à la plateforme que Nicolas s'est intéressé à la skieuse. « J’espérais vraiment qu’elle réussisse, ça aurait été la plus belle récompense. » Mais Sandrine Aubert n’a pu retrouvé le ski qui la faisait gagner et ne s’est finalement pas qualifiée pour les JO de Sotchi. Nicolas n'est cependant pas déçu. « Ce n’était pas une dépense inutile pour moi. Avec mes 20 euros, je ne risquais pas grand chose. Je me dis qu’elle a pu avoir sa chance et que j’y ai participé, certes de loin. »

La majorité des donateurs expliquent que c’est par le biais d’un ami porteur de projet qu’ils se sont initiés à la finance participative. Nicolas, en revanche, il a découvert le site un peu par hasard, en juillet 2013. Et rapidement, il est accro. L’unique enquête sur les contributeurs réalisée par le MIPISE note que 70 % des moins de 50 ans considèrent la passion comme une valeur importante. Nicolas ne déroge pas à la règle : « J’apporte des fonds pour des gens qui ont la même passion que moi. Je ne m’imagine pas donner pour une création d’entreprise ou un disque par exemple. »

Foule sentimentale ?

Nicolas est donc un philanthrope d’un nouveau genre. Il a commencé par apporter son aide à des associations, avant de s'enticher du crowdfunding. « La suite logique, explique-t-il. D’autant que je sais exactement comment et pour quoi mon argent sera dépensé. » La transparence est en effet une valeur appréciée des contributeurs selon l’enquête du MIPISE : 40 % des sondés de moins de 40 ans la considère comme une valeur fondamentale.

Pourtant, la situation financière de Nicolas n'est pas florissante. Ancien marketteux, il a repris des études pour devenir journaliste et suit les cours de l’Ecole de journalisme de Marseille (EJCAM). « Je donne entre 20 et 30 euros. Ce qui n’est pas énorme, reconnaît-il. J’évite de me connecter trop souvent sinon je suis trop tenté. » Tenté, et souvent convaincu par les projets en quête de l’aide des internautes. Mais aussi le plaisir de se savoir utile : « Je me dis que je n’ai pas dépensé cet argent pour des conneries sans intérêt. »

En 2013, les dons récoltés par le financement participatif
ont atteint les 78,3 millions d’euros. Soit trois fois plus 
qu’en 2012 selon l’association Financement Participatif France. 
Quelque 314 000 donateurs se sont ainsi mobilisés pour soutenir 
les projets de leurs amis,ceux qui les ont séduit ou encore ému.

Nicolas fonctionne « au coup de cœur »  et « à l’humain, très important ». Plus qu 'à la contrepartie ? « Clairement ! » répond-il. Celle-ci déterminera plutôt la somme qu’il donnera. « Pour 10 euros de plus, si je peux avoir un tee-shirt, pourquoi pas… » Il souligne tout de même la portée émotionnelle de certaines contreparties : « J’ai financé le projet d’autobiographie de Charles Rozoy, nageur paralympique médaillé d’or aux JO de Londres. En échange, j’ai reçu son livre. Un objet dédicacé que l’on reçoit chez soi, avec les noms de tous les contributeurs à la fin, ça fait énormément plaisir. » Dans ces moments-là, Nicolas sait pourquoi il a mis la main à la poche.

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« Je vais vraiment vers les projets qui me font rêver », assure-t-il. Et à ceux qui sont délaissés par les médias : les sports extrêmes, le handisport ou les initiatives un peu folles. Comme cette compétition de bodyboard dans un spot secret à laquelle il a apporté 50 euros. Ou ce championnat du monde de voltige aérienne. « J’aime m’associer à ce type de projets dont on n’entend jamais parler. » Il déplore que les sponsors et les médias ne s’investissent que sur quelques marchés seulement. « Là, je me dis que le crowdfunding a toute sa place. »

Cécilia SANCHEZ et Elisabeth SEGARD
Captures d'écran issues du site sponsorise.me

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