Nicolas_Marie_2.jpg« La crise du lait de 2009 a été dure. » Ces quelques mots Nicolas Marie les prononce plusieurs fois quand il parle de son exploitation. Le constat simple d'un événement d'un rare violence économique et dont il payait encore les conséquences en 2013. 

Son lait, il le vent à la coopérative d’Isigny-Sainte-Mère. Celle-ci vient de signer un partenariat avec la société chinoise, Biostime pour développer ses capacités de production et de commercialisation de lait infantile en poudre. Pour assurer au mieux la gestion de sa ferme, il a opté pour une salle de traite rotative et a embauché un salarié à temps plein. De lourds investissements pour préserver le patrimoine familial.

Car l'exploitation qu'il dirige est dans la famille depuis trois générations. Ce n'est pas anodin. Si aujourd’hui, il réussit à se dégager trois semaines de vacances par an, c’est avant tout grâce à l’aide de ses parents retraités. « Ils viennent me donner un coup de main trois jours par semaine. Ils travaillent bénévolement. » Une organisation qui défie tout sens logique. « Je devrais pouvoir les remplacer mais je n’ai pas les moyens d’embaucher un deuxième salarié. Quand j’ai commencé mes études agricoles, le métier rapportait encore un peu d’argent. Aujourd’hui, on ne maîtrise plus le cours du lait. »

Face à cette inconstance des prix, il n’exclut pas un jour d’aller travailler ailleurs. Surtout « si le prix du lait se casse à nouveau la figure ». Travailler à l’extérieur, au contact de ses bêtes, est un plaisir. Même si c'est soixante-dix heures par semaine.

De la colère, oui, il en a. Elle se cristallise sur tous ceux qui spéculent sur les matières premières. Et quand on évoque la détresse en milieu agricole, Nicolas Marie n’élude pas le sujet. « En six ans, dans le canton, sur un rayon de 10 kilomètres, quatre agriculteurs se sont pendus. »

J. G., A. P., G. R.

Photo : Chloé Le Franc