Francois-Purseigle_2.jpgComment a évolué le secteur agricole ces dernières années ?

On assiste à un recours de plus en plus grand à des financements extérieurs, que ce soit par l’endettement ou la venue de nouveaux investisseurs comme des grandes sociétés, ou des fonds d’investissements. Ils considèrent l’agriculture comme un bon moyen de maximiser leurs placements financiers, c’est-à-dire gagner de l’argent. Face à cela, l’agriculture familiale se précarise. Elle ne fait plus le poids. Tout ceci ne fait pas forcément écho à la modernisation mais à la mondialisation. C’est la conséquence de l’émergence d’un capitalisme financier, celui de la spéculation, qui n’était pas caractéristique de l’agriculture.

Quelle est l’origine du mal–être agricole selon vous ?

Aujourd’hui, un agriculteur n’est pas uniquement quelqu’un qui va dans les champs, c’est aussi un gestionnaire. Et il passe beaucoup de temps à administrer son entreprise. Or cette entreprise est sous contrainte. Et ce en partie parce que les puissances publiques, la France et l’Union européenne, soutiennent financièrement cette profession comme aucun autre secteur d’activité.

Outre le malaise lié à la question économique, quel autre phénomène inquiète le monde agricole ?

Nous sommes face à des agriculteurs qui ne sont pas certains de pouvoir transmettre leur outil de production. Cette incertitude crée un malaise profond au sein d’une profession qui jusqu’à présent, considérait que l’héritage agricole allait de soi. Les enfants ne reprennent plus automatiquement l’exploitation familiale. C'est nouveau. A l’inverse, de nouveaux acteurs considèrent le secteur comme un investissement rassurant. Une tension se crée entre les agriculteurs qui s’escriment à transmettre et ces nouveaux investisseurs, qui intègrent le monde agricole.

J. G., A. P., G. R.

(*) François Purseigle enseigne à l’École nationale agronomique supérieure de Toulouse

Photo : DR

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