RC.JPGLa réforme scolaire vise à réduire la fatigue des enfants et à favoriser leur apprentissage. Ces objectifs sont-ils atteints ? Entretien avec René Clarisse, chronopsychologue.

Quel est le rôle des TAP dans le développement de l’enfant ?
René Clarisse. Les activités périscolaires sont complémentaires des temps scolaires. Elles permettent de sensibiliser les enfants à des activités d'éveil et de l'ouverture. Ces temps peuvent être aussi l'occasion d'échanges pour préserver la mixité sociale et culturelle. Ils participent au développement harmonieux de l'enfant. Il va de soi que la qualité de l'encadrement est déterminante. Les TAP ne sont pas des temps de garderie. Les aménagements doivent donc préserver l'égal accès à l'éducation pour tous les enfants pour que ces temps ne deviennent pas le creuset des inégalités.  

Les TAP ont généralement lieu vers 15 h 30, pour les élèves de primaire comme pour ceux de maternelle. Une même directive pour deux cycles, est-ce cohérent avec le biorythme des enfants ?
R. C. Les capacités d’apprentissage de l’enfant ne sont pas au même niveau tout au long de la journée. Ce n’est pas l’horaire des TAP, mais la charge cognitive demandée à l’enfant qui doit être prise en compte. Par exemple, les débuts de matinée et d’après-midi sont moins favorables à l’apprentissage. Avant 9 h 30, les activités ne doivent pas être exigeantes. Entre 9 h 30 et 11 h 30, le niveau d’apprentissage progresse. Ensuite, tous les enfants ont besoin d’une heure et demie, voire deux heures de pause. Le respect du sommeil, surtout des plus petits, est très important. Couper la sieste en deux, c’est une erreur. Le temps après la sieste ou la pause méridienne pour les enfants de primaire doit être réservé à des activités calmes, aux contenus plus ludiques. Le sport est à bannir. Les performances des enfants de 6 à 11 ans progressent à nouveau après 14 h 30 - 15 heures. On peut y placer autant les activités périscolaires que les cours.

“Plus le week-end est allongé, plus la désynchronisation
se répercute sur la santé et la fatigue de l'enfant"

Les mairies sont-elles seules décisionnaires là-dessus ? La réforme permet-elle ces ajustements ?
R. C. La réforme permet de positionner les TAP sur des jours différents, une heure par jour, ou de les rassembler sur une même journée. Mais si on les place le vendredi après-midi, par exemple, les parents peuvent se dire que ce sont des activités hors école et récupérer leurs enfants le midi. Or, le samedi matin à l’école serait plus bénéfique pour les enfants car cela éviterait la désynchronisation des rythmes veille-sommeil. Plus le week-end est allongé, plus la désynchronisation se répercute sur la santé et la fatigue de l’enfant. À partir du CE1, l’école sur quatre jours et demi, avec le mercredi libre et le samedi matin travaillé, est plus adaptée.

Dans ce cas, les deux ruptures de rythme, le mercredi et le dimanche, ne provoqueraient-elles pas plus de désynchronisation que dans le cas d’une seule rupture prolongée le week-end ?
R. C. Une seule journée d’interruption ne provoque pas de désynchronisation. Avec le mercredi sans école, les enfants se couchent le mardi soir à un horaire proche de celui des autres jours où il y a classe le lendemain. En revanche, lorsque le week-end est de deux jours, on observe un coucher beaucoup plus tardif amorcé dès le vendredi soir et qui se poursuit le samedi soir.

L’école le samedi peut-elle avoir des conséquences pour les enfants de couples divorcés ? Cela les prive d’un week-end complet avec le parent qui n’a pas la garde la semaine…
R. C. Ma position est celle d’un chronopsychologue : il faut avant tout respecter les besoins vitaux de l’enfant, c’est-à-dire sa rythmicité et régularité journalière biologique et psychologique. Cela ne dispense pas de réflexions complémentaires auxquelles d’autres chercheurs sont évidemment conviés. Attention à ne pas confondre débat de société et conclusions scientifiques.

Recueilli par Nadi DRIAMINA
Photo : Nadine Le Floc'h-Clarisse