2566695326_49c56f0622_b.jpgEn 1970, la cocaïne, drogue branchée, est consommée dans les milieux aisés et artistiques. Le magazine américain Rolling Stones la déclare « drogue de l’année » et l’hebdomadaire américain Newsweek affirme que les orgasmes sont meilleurs sous cocaïne. Au cinéma la coke a une image positive : les héros voient leurs performances, psychiques et physiques, décuplées sous son emprise. À la même époque, les films de gangsters dans lesquels les forces de l’ordre mènent une lutte acharnée contre le trafic de drogues sont en voue (Scarface, French Connection, Le Parrain).

Aujourd’hui, la poudre est toujours très présente, sans être forcément le thème principal. Elle fait partie du décor. Posée sur la table en soirée (Jeune et jolie), tapée sur les corps saouls des filles en bikini (Spring Breakers), sniffée et fumée dans une chambre d’hôtel avant une audition (Flight). Au festival de Cannes de 1992, dans quatre films sélectionnés, on compte huit traits de cocaïne et une consommation de crack.

 


Flight est un film de Robert Zemeckis sorti en 2012. Whip (Denzel Washington), consommateur de cocaïne,
d'alcool et de cannabis est un pilote chevronné. En plein vol, il doit faire face à une situation d'urgence et réussit à atterrir. Sous l'effet de la drogue au moment du drame, il ment sur son addiction.

Dans 99F, la cocaïne est le produit phare : pour les héros Octave et Charlie, elle rend leur travail de directeur artistique beaucoup plus créatif. Ils en prennent en soirée, au travail, partagent même avec leur souris de laboratoire. On ne peut pas pour autant faire l’apologie de la « c » dans un film. Montrer les effets négatifs est nécessaire. Ainsi dans 99F, le héros principal, finit en cure de désintoxe. Dans Pulp Fiction, la scène de l’overdose d'Uma Thurmann refroidit les ardeurs et, dans Sexes intentions, les penchants de la protagoniste pour la poudre blanche la mettent à l’écart des autres lycéens.

Mais les scènes d’amusement et de soirées sous l’effet du produit sont bien plus esthétiques et attrayantes. Dans Le Loup de Wall Street, l’incroyable force de travail de Leonardo Di Caprio et ses orgies sexuelles entrecoupées rails de coke sont plus marquantes que la scène de l’overdose. Et, si les héros finissent dépressifs ou condamnés par la justice, c’est d’avantage à cause de leurs multiples excès. Le héros du film sera arrêté pour fraude fiscale, pas pour détention de cocaïne.

C’est sur cette ambigüité que semble jouer le cinéma, et que la commission du centre national de la cinématographie (CNC) veille. Il ne s’agit pas, comme dans les années trente, de censurer les films ou de supprimer des scènes, mais d’émettre un avis pour limiter l’accès aux films selon les âges. Sur la drogue, le CNC reste en alerte. « À la commission, on cible et classe à la bonne tranche d’âge pour que le jeune qui risque d’être incité puisse avoir le recul nécessaire sur l’usage de la drogue dans le film », explique Gautier Jurgensen, membre de la commission de classification.

Capture_d_e_cran_2015-05-23_a__23.38.30.pngDans les magazines, les risques d’incitation à l’usage sont encadrés par la loi L.3421-4 du code de la santé publique, qui interdit de « présenter les stupéfiants sous un jour favorable, y compris par voie de presse ». L’Obs du mois d’octobre 2014 a fait de la cocaïne sa couverture, mais dans les articles, donne une vision noire du trafic. D’autres magazines plus branchés et destinés au public jeune n’hésitent pas, eux, à jouer l'incitatif. Ainsi, Snatch, dans son numéro du mois de décembre, présentait la drogue comme un paquet cadeau à glisser au pied du sapin.

Iris Chartreau, Emma Nicolas et Guillaume Sauzer

 

 

La suite de notre dossier

Blanche, l'insidieuse avalanche
Cocaïne, risques et dépendance

Retour vers l'ouverture

Cocaïne, la banalisation