Monique Larre est un peu speed ce mercredi après-midi. Déjà, c’est son caractère. Et, depuis trois ans, cette femme dynamique de 52 ans, jean-baskets et cheveux courts, est reine des abeilles. Jeu de rôle ? Non, c’est La ruche qui dit oui !, une plateforme de mise en relation directe de producteurs locaux et de consommateurs. Monique, traiteur professionnel à la demande, est responsable de ruche. Dans sa petite maison de Saint-Pierre-des-Corps (37), un mercredi sur deux, les utilisateurs du site, baptisées « abeilles », viennent récupérer auprès des producteurs leurs commandes effectuées en ligne. Comme dans un supermarché, mais auprès de locaux, dans un cadre plus intimiste. Et à la différence de ce qui se produit dans une grande enseigne, l’origine de chaque produit est connue. Pour accueillir tout le monde, Monique range un peu son intérieur. Puis, elle libère l’espace de sa petite terrasse où seront agencées dès 17 heures des étagères mobiles apportées par les producteurs eux-mêmes. Enfin, elle prépare la liste des commandes et se tient prête à saluer ses  abeilles. Enthousiaste, elle parle de l’effet ruche : « Cela m’a permis de m’interroger sur notre rapport à la nourriture. Le lien direct avec les producteurs change la vision des choses. »

 


En pleine campagne tourangelle, à 40 kilomètres de Tours, un autre décor pour un concept presque similaire. Chaque vendredi soir, à Dolus-le-Sec, paysans producteurs et consommateurs se rencontrent à l’Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) de la ferme de Belêtre. Les acheteurs ont au préalable payé leur panier de fruits et légumes pour trois mois. Chaque semaine, 44 paniers sont constitués. Mathieu Lersteau, 32 ans, est un des agriculteurs responsables de la structure. Il vit sur place avec trois autres producteurs. Tout est produit à la ferme, même le pain.

 

 

Depuis quelques mois, une polémique agite les relations entre La ruche qui dit oui ! et certaines Amap. Celles-ci critiquent notamment le fonctionnement capitaliste de l’entreprise. Le jeune paysan à la barbe de trois jours évoque l’affaire avec détachement : « Il faut qu’il y ait une diversité de circuit court. Nous, on va juste plus loin dans l’alternative. Avec La ruche, les producteurs sont toujours dépendants de la demande. » La polémique n’a d’ailleurs pas vraiment lieu d’être pour Philippe Moati, économiste à l’Observatoire société et consommation. Les deux systèmes peuvent cohabiter : « La Ruche s’adresse à des consommateurs, les Amap à des militants. »

Les agriculteurs préparent la grange en bois clair où les amapiens viendront prendre leur panier. D’un côté, il y a le pain de seigle fait maison. Mie moelleuse et croute craquante, il se suffit à lui-même. De l’autre, tous les fruits et légumes exposés dans des cagettes. Les vaches aubrac, gardiennes de la grange, observent patiemment la valse des légumes. La convivialité flirte avec le militantisme. Ce soir, tous sont ravis. Poireaux, brocolis, choux-fleurs, carottes, pommes de terre, la production a été conséquente. Ce n’est pas toujours le cas. Entièrement bio, l’exploitation est dépendante des caprices de la nature. Avec l’Amap, c’est le deal. Beaucoup trouvent ce système contraignant. Sans savoir à l’avance ce qu’il y aura dans le panier, il faut s’engager sur plusieurs mois. Et puis, la communication des Amap reste confidentielle.

Le principe du produit local pas toujours respecté

L’inverse de la Ruche qui réunit ceux qui veulent consommer plus responsable mais sans contraintes. Le site se présente comme un supermarché en ligne où tout est produit près de chez vous. Presque tout. Le principe du local n’est pas toujours respecté. Chaque article vendu fait l’objet d’une commission : 10 % pour le responsable de ruche, 10 % pour la société. Un pourcentage et un système de commandes qui poussent les producteurs à augmenter leurs prix d’une part, à jouer le jeu de l’offre et de la demande d’autre part. Chez Monique, ils mettent la main à la pâte. Les commandes sont déjà triées. Miel, vin, lapin, volaille, fromage, jus, fruits et légumes. Il y a de tout. Chaque produit est présenté par celui qui l’a produit.

Amap et Ruches proposent deux visions qui finalement ne divergent pas tant que cela. Deux fonctionnements qui se regardent et se tournent parfois le dos. Monique se pose enfin. Elle conclue sur un ton qui lui ressemble : « Ce serait con qu’il n’y ait qu’un seul système. »

Thomas LABORDE, Hugo LANOË, Camille SELLIER./EPJT

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