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Le nouveau stade de Bordeaux. Crédit : PA - Own work, CC BY-SA 4.0,

 

Partenariat public-privé, solution 100 % privée et maîtrise d’ouvrage publique, ce sont les trois modes de financement possibles pour la construction ou la rénovation des stades de football en France. Nice, Lille, Bordeaux et Marseille font partie des dix villes hôtes de l’Euro 2016. Les collectivités de ces quatre villes se sont chargées de la construction du stade. Après plusieurs appels d’offres, elles ont retenu un constructeur. Ensemble, ces deux parties ont validé la solution du contrat de partenariat, plus couramment appelé « partenariat public-privé » (PPP).

Patrick Bayeux, consultant en politique sportive et maître de conférences en gestion et droit du sport, détaille les relations dangereuses entre les différents partenaires : « Le PPP est un montage d’initiative publique. Lors d’une construction en PPP, la collectivité et le constructeur privé (Eiffage, Vinci, Bouygues, NDLR) signent un projet et un prix. »

Dans ce type de partenariat, le “PPPiste” s’engage donc sur un coût de construction et assume l'exploitation et l’entretien du stade. Au moment de la mise en place de l’Euro 2016, « il n’y avait pas d’autres instruments juridiques et financiers que ces fameux PPP », ajoute Patrick Bayeux. S’ils ont été choisis, c’est aussi parce qu’ils permettent le développement rapide des projets et d’éviter à la collectivité de débourser des sommes conséquentes à court terme. Ce qu'elle pas pas toujours en possibilité de faire.

Mais le PPP est loin de n'avoir que des avantages, surtout en matière de football. Le Baromètre des impacts économiques et sociaux du football professionnel, réalisé par EY* et l'Union des clubs professionnels de football (UCPF) en 2011, pointe plusieurs problèmes : risques financiers, aléas sportifs, coût global des opérations et modèle de répartition de l'exploitation.

Selon un rapport du Sénat publié le 16 juillet 2014, « l’insuffisance de la prise en compte des enjeux financiers liés à un contrat de partenariat s’apparente à “une bombe à retardement” pour les générations futures. » Ce rapport souligne le fait que les pouvoirs publics, en particulier les collectivités territoriales, se focalisent sur les intérêts économiques immédiats sans considérer les risques à long terme. Comme la collectivité locale délègue l’appel d’offres, les opérateurs ont tendance à grossir les frais de construction. « Le constructeur gère directement les différents sous-traitants, pointe Patrick Bayeux. La collectivité verse une redevance aux partenaires privés pendant vingt-cinq à trente ans afin d’échelonner le remboursement. Dans un second temps, le club verse une redevance à la collectivité. C’est donc bien elle qui prend le risque. Si demain il n’y a plus de club, elle est quand même tenue de reverser l’intégralité de la redevance au “PPPiste” (le constructeur, NDLR). »

Source : Ministère de la ville, de la jeunesse et des sports / Ecofoot.fr 

 

Jean-Michel Aulas, président de L’Olympique Lyonnais, a préféré opter pour la solution 100% privée. Avec ce mode de financement, le club se retrouve en première ligne. Il ne passe pas par la collectivité pour construire son stade, il en prend l’initiative lui-même. Le 100 % privé présente des intérêts économiques (pas de loyer à payer, rentrée de billetterie, des produits dérivés) et sportifs.

Par contre, le projet OL Land a mis plusieurs années à voir le jour. Patrick Bayeux livre une explication : « En initiative privée, lorsque l’on a des recours, les financeurs (en général des banquiers, NDLR) sont plus prudents pour assumer le risque. Tandis que lorsqu’on finance un stade via un PPP, le risque est assumé par la collectivité. Si vous avez des recours, vous pouvez les garantir et ne pas arrêter les travaux. » En tout cas, grâce à cet investissement conséquent, l’Olympique Lyonnais est désormais propriétaire de son stade. En France, seuls le GFC Ajaccio (Ligue 1) et l’AJ Auxerre (Ligue 2) se trouvent dans cette situation.

Et Patrick Bayeux de conclure : « Aujourd’hui, les PPP ont été abandonnés, même s’il reste encore des marchés de partenariats. La solution d’avenir serait de favoriser des initiatives des clubs, comme l’a fait l’OL. Avec la possibilité d’accorder des garanties publiques. Il faudrait aussi désengager progressivement les collectivités du sport professionnel. »

Pierre LEZIART et Rodolphe SCHMITT

(*) Cabinet d’audit et d’expertise comptable