Selon l’article L3323-2 du Code de la santé publique (CSP) français, le parrainage d’une manifestation sportive par un producteur ou une organisation de producteurs de boissons alcoolisées est strictement interdit. Le CSP a été modifié en ce sens par la loi Evin, votée par l’Assemblée nationale en janvier 1991 afin de lutter plus efficacement contre l’alcoolisme et le tabagisme.

Ce contexte réglementaire oblige les organisateurs de marathons festifs à se livrer à certaines contorsions. Ainsi le trail du vignoble de Bourgueil, en Indre-et-Loire, se nomme « Trail des grands vingt de Bourgueil » et non « Trail des grands vins de Bourgueil ». Vingt pour 20 kilomètres, soit la distance couverte par les concurrents entre sentiers, forêts et coteaux.

La course en est à sa cinquième édition. Elle bénéficie du parrainage des collectivités territoriales : conseil départemental d’Indre-et-Loire, ville de Bourgueil, communauté de communes du pays de Bourgueil, qui fournissent un appui logistique (infrastructures, aide médicale d’urgence, balisage du parcours, etc.) « Nous soutenons une manifestation sportive dès lors qu’elle participe au rayonnement du territoire », rappelle Estelle Berthy, chargée de mission sports de nature au conseil départemental d’Indre-et-Loire.

MarathonBeaujolais1_.jpg
Marathon du beaujolais 2015. Un petit roupillon dans le grand fossé, Astérix ? Photo D. R.

Le Trail des grands vingt est surtout organisé en partenariat étroit avec le syndicat des vins de Bourgueil, qui représente la majeure partie des vignerons de l’appellation. Sur la ligne d’arrivée, les coureurs ont la possibilité de déguster un échantillon de la production locale, vins bio compris. Corinne De Souza a pris part cette année à son deuxième trail consécutif. « La perspective de repartir avec ma demi-bouteille de Bourgueil suffit à me motiver. Ça change des tee-shirts horribles distribués sur la plupart des autres courses », glisse-t-elle malicieusement.

Trop ostentatoire, le verre de vin doté d’une paire de jambes

« Le syndicat nous verse de l’argent afin que nous puissions lui acheter les flacons de vin. Il finance également une campagne d’affichage sur les abribus, hors agglomération tourangelle », détaille Thierry Nortier, président du comité d’organisation de l’épreuve. Conformément au CSP, seul le logo du syndicat (Bourgueil Made in Loire) témoigne sur les affiches du rapport entretenu par la manifestation avec le secteur vinicole. « Nous avons supprimé le dessin du verre de vin doté d’une paire de jambes et de chaussures de running, à cause de son caractère ostentatoire », concède Thierry Nortier.

Du côté du marathon du beaujolais, là aussi, le diable se niche dans les détails. L’événement mise sur le cadre prestigieux des châteaux et collines du vignoble du nord de Lyon. « Les 12 500 participants annuels, venus des cinq continents, sont davantage séduits par la beauté de ce patrimoine historique que par le goût du vin », estime Jean-Bernard Poissant, directeur des sports au conseil départemental du Rhône et partenaire de la manifestation. En effet, suivant le concept inauguré par le marathon du Médoc, les coureurs qui le souhaitent peuvent s’arrêter tout au long du parcours afin de déguster les cuvées locales.

Marathon du Beaujolais 2015
Marathon du beaujolais 2015. Des Biomans sur la chaussée aux moines. Photo : D. R.

Au comité d’organisation, le propos se veut plus nuancé. Jusqu’au paradoxe. Sylvie Rebecchi est responsable communication de l’épreuve : « Nous assumons le lien avec les vins du Beaujolais, qui constituent indéniablement un élément d’attractivité. Toutefois, nos partenaires privés ne souhaitent pas que leur image soit associée au vin. » On l’aura compris, ce n’est pas uniquement pour se mettre en conformité avec la loi Evin que les organisateurs ont banni de leurs affiches toute représentation explicite, tel qu’une bouteille ou un verre à moitié pleins. En outre, « nous ne vendons pas de vin et nous ne faisons la promotion d’aucun producteur », ajoute Sylvie Rebecchi.

Sur leur site web, les dirigeants du marathon du beaujolais semblent cultiver l’ambigüité. Le slogan « le marathon sans modération ! » apparaît en majuscules sur la page d’accueil et ne comporte aucune signalétique en relation avec le vin. À ceci près que le carrousel voit notamment défiler une photo du chai à barriques d’un célèbre négociant du Beaujolais. Des barriques maculées de rouge.

Vincent FAURE