Depuis les attentats du 13 novembre et la déclarations de l’état d’urgence, il est de plus en plus difficile, pour les supporters, de suivre leurs équipes lors de compétitions à l'extérieur.  Les équipes en National, tel que le Racing Club Strasbourg Alsace, premiers concernés par les mesures d’interdiction le 20 novembre, se sont rapidement vu emboîter le pas par celles de Ligue 1 et Ligue 2. Depuis le début de la saison, plus de 190 compétions sportives ont fait l’objet d’interdictions de déplacement de supporters contre seulement 3 en 2011-2012.

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Match Guingamp-Bastia le 1er novembre 2014. Photo : Pierre-Maxime Leprovost

Les autorités invoquent la plupart du temps une impossibilité de maintenir l’ordre pour justifier des interdictions de déplacement. Les représentants de l’Etat avancent un argument de poids : les forces de police doivent se concentrer sur des missions plus importantes que des matchs de football. Si les supporters se montrent compréhensifs dans un premier temps, ils finissent par perdre patience. Les arrêtés préfectoraux s’accumulent et leur paraissent de plus en plus infondés.

Le 16 janvier dernier par exemple, lors d’une rencontre entre Troyes et Rennes, la préfecture de l’Aube a interdit aux supporters des clubs de se rassembler dans le centre ville avant le match. En cause, les soldes d’hiver. Les forces de polices étaient déjà mobilisées autours des magasins d’usines de Troyes qui attendaient une foule de visiteurs.

« Les calculs d’effectifs de police disponibles
pour couvrir une rencontre et
éviter les débordements ne sont pas effectués en amont »

Cependant, James Rophe, porte-parole de l’Association nationale des supporters (ANS) pointe une contradiction. Il assure que « les calculs d’effectifs de police disponibles pour couvrir une rencontre et éviter les débordements ne sont pas effectués en amont ». Incohérence supplémentaire : de nombreux policiers sont mobilisés sur les lieux pour faire barrage aux éventuels supporters qui braveraient l’interdiction.

Dimitri Saffré, président de l’association de supporters Activ Nantes Support, surenchérit : « Il y a autant de policiers présents sur place pour les matchs que si les déplacements de supporters avaient bien lieu. On retrouve l’équivalent de dix CRS pour un supporter téméraire. » Malgré nos sollicitations, nous n’avons pas pu obtenir des autorités davantage d’explications sur la mobilisation des forces de l’ordre.

Une avalanche d’interdictions

La deuxième raison invoquée par les préfets est tout autant remise en question et pour des raisons similaires. Elle concerne les incidents « avérés » (ou non) qui auraient eu lieu par le passé entre les groupes de supporters. Comme pour le match qui opposait Rennes à Caen le 11 décembre. L’arrêté mentionne plusieurs plusieurs rencontres où il y aurait eu « provocations , rixes et agressions » entre les deux équipes. Sauf que, parmi les dates évoquées, figure le 14 mars 2015. Or, ce jour-là, Rennes ne jouait pas. Caen ne jouait donc pas contre le Stade Rennais, mais contre Lorient.

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Supporters rennais. Photo : S. Plaine / CC-BY-SA-4.0

Ce genre d’erreur alimente le climat de défiance entre supporters et autorités. James Rophe rappelle que « les interdictions de déplacement des supporters ne sont pas un phénomène nouveau, elles sont juste davantage officielles ». Le porte-parole de l’ANS insiste. Pour lui, l’état d’urgence serait un moyen d’étouffer la liberté d’expression dans les stades. Les clubs de football peuvent bien sûr contester les arrêtés, ce qu'ils n’hésitent d'ailleurs pas à faire. « Mais maintenant, les préfets interdisent les matchs seulement quarante-huit heures à l’avance. Si on veut prendre un avocat, ça ne nous laisse pas le temps de contre-attaquer », déplore le président d’Activ Nantes Support, un club de supporters du FC Nantes.

 

Roulette russe

A l’approche d’un match, difficile de s’organiser pour ceux qui ont l’habitude de suivre leur équipe. Ce sont les clubs de supporters qui se chargent de l’organisation des transports. Par exemple, pour la réservation d’un bus, Activ Nantes Support verse 30 % du prix total aux compagnies. Face à la menace d’interdiction de déplacement, deux solutions s’offrent aux clubs de supporters. Soit ils attendent le dernier moment, au risque d’avoir du mal à trouver des transports. Soit ils réservent et avancent les frais de déplacement. Pour un bus, cela peut s’élever à 200 euros. Avec le risque de perdre cette somme : « Si on annule tout au dernier moment, il n’y a pas de remboursement prévu. L’argent perdu, quand on est une association sans but lucratif, on le ressent vite dans les caisses. »

Lors de la rencontre Bastia-FC Nantes pour laquelle les supporters nantais ont été interdits de déplacement le 9 mars, l’association Activ Nantes Support n’avait heureusement pas prévu de déplacement. Mais la plus grosse association de fans, la Brigade Loire, avait réservé une cinquantaine de billets d’avion. Lorsque l’interdiction tombe, « il est difficile d’organiser un week-end en amoureux à la place », ironise Dimitri Saffré.

Le problème est avant tout lié à une communication chaotique entre les autorités et les clubs de supporters. Les associations soutiennent que la France est en retard et que des discussions pourraient avoir lieu en amont, ce qui faciliterait les démarches administratives des deux côtés. À l’approche de l’Euro, qui aura lieu du 10 juin au 10 juillet, les choses pourraient évoluer, y compris sur le terrain, pour éviter les débordements. Des membres de la police vont être désignés comme interlocuteurs afin d’engager le dialogue en cas de problème avec les supporters. « Une cellule de réflexion est en place pour voir ce qu’on peut garder à l’avenir du fonctionnement de l’Euro », affirme James Rophe, de l’ANS.

L'état d'urgence devait disparaître le 26 mai. Mais le gouvernement propose une prolongation de deux mois supplémentaires à compter de cette date. Une période qui engloberait l'Euro de foot et le Tour de France. De nombreux supporters risquent donc d'être privé d'Euro de foot dans les stades. Une perte sèche pour ceux-ci.

Clémence DROUET et Margaux LACROUX