« Nous étions tous fatigués après une randonnée, à moitié endormis, assis en demi-cercle autour de la cheminée, emmitouflés dans de gros pulls et des chaussettes en laine. Les seuls bruits audibles étaient le ragoût qui mijotait, les étincelles du feu et les gorgées de vin chaud que l’un d’entre nous avalait. Est-ce que ce moment aurait pu être encore plus hygge ? » Cette anecdote, rapportée par Meik Wiking dans son Livre du hygge (éd. First), décrit à elle seule ce qu’est ce mode de vie importé du Danemark et qui fait de plus en plus d’émules en France.

 

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A Coppenhagge, le Hygge s'installe même dans les boutiques et les galeries d'art. Photo Christian Jensen

 

Dans les rayons de magasins de décoration ou d’ameublement et sur les étagères des librairies, les termes à consonance nordique envahissent notre quotidien et vantent un mode de vie simple et heureux. Le « French art de vivre » ne fait plus recette, place à la mode danoise. Il faut dire que le peuple scandinave est reconnu pour être l’un des plus heureux du monde. En 2016, le Danemark terminait premier du classement mondial du bonheur (World Hapiness Report, réalisé par l’Organisation des nations unies) quand la France arrivait 31 places plus loin. Mais qu’est-ce que ce pays a de plus ?

En décembre 2016, le ministère de la Culture danois a mené une enquête sur la « danicité ». Parmi les valeurs les plus importantes dans l’identité du pays, le hygge était à la quatrième position. C’est dire son importance. Pourtant, même pour eux, cela reste difficile de le définir précisément.

« Être protégé du monde extérieur »

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le mot hygge provient d’un terme médiéval norvégien signifiant « bien-être ». Réunis au sein d’un même royaume de la fin du XIVe au début du XIXe siècle, les deux pays se sont mutuellement influencés. Ce n’est qu’au moment de la dissolution du royaume norvégiano-danois que le hygge prit de l’ampleur. Le Danemark se trouve alors limité à son île et retrouve dans le hygge un certain sentiment d'insularité, ce que Meik Wiking désigne comme « la sensation d’être en sécurité, protégé du monde extérieur, et de pouvoir enfin baisser la garde ».

Pour autant, le hygge ne se satisfait pas d’une définition précise. L’auteur danois, également président de l’Institut de recherche sur le bonheur de Copenhague, explique : « Le hygge parle d’ambiance et d’expérience, plutôt que de choses tangibles. » Le hygge, on en fait donc un peu ce que l’on veut. Et en France, c’est l’image du parfait intérieur à laquelle on a choisi de l’y associer, sans doute le pls propice à un certain mercantilisme. Feux de bois, bougies, plaids sont devenus les indispensables. On confond d’ailleurs souvent le hygge et les notions préexistantes de cocooning ou de cosy.

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Malene Rydahl s'est installée en France il y a une vingtaine d’années. Elle a ainsi pu expérimenter deux aspects du bonheur culturellement différents. Aujourd’hui écrivaine et conférencière, elle a présenté en France et dans le monde entier Heureux comme un Danois (éd. Grasset), son best-seller paru en 2014. Cette expression devenue presque idiomatique résume assez bien l’ouvrage qui se veut être un petit précis utile pour adapter notre mode de vie à l’optimisme ambiant hérité du Danemark. Alors, au-delà d’une paire de chaussettes en laine et d’une décoration tout droit sortie du dernier magasin scandinave, le hygge n’impose à personne une vision préconçue du bonheur. Il incite simplement à prêter davantage d’attention aux petits plaisirs qui ponctuent notre quotidien.

Clotilde COSTIL et Corentin LACOSTE

Retrouvez sur le blog de Mathilde ses conseils pour adopter un mode de vie hygge.